EUVRES DE MOLIERE. — LES AMANTS MAGNIFIQUES
Les conseils de Pranli ne lurent peut-être pas étrangers à la désignation de son parent, mais il A^ant mieux croire cpie la supériorité du talent Tnt la seule raison qui détermina ce nouA’eaii choix. Et jamais préférence ne fnt mienx justifiée, puisque nous lui devons un ehef-d’œiiA re.
La Seconde et la Troii-iiènie Suite, dite du Petit- Maître, sont l’œuA're exclnshc de Moreau. Elles forment un tout, ])ar leur contraste complet, comme idée et comme exécution, a\ec la série de Frendeberg.
La Seconde Suite parut en 1777. Le Discours préliminaire exposait son but et faisait valoir son importance pour Lliistoire du costume et du mobilier.
(( Les objets de mode, disait-il, sont une dépendance continuelle des arts, et ils suivent le sort de leurs productions... Le dessin de rornement, en se perfectionnant, a répandu dans nos ameublements l’élégance qu’on y remarque. C'est à nos progrès dans l’imitation des effets de la nature, et de ses productions, ainsi que dans l’art de les grouper, que nous devons la beauté de nos étoiles, la manière agréable <lout les femmes drapent maintenant les garnitures de leurs habits, et le goût avec lequel elles disposent tous les ajustements dont elles se parent. Ne croyons pas, cependant, être parvenus au degré où l’on n’y pourra rien changer sans faire moins bien ; indépendamment de l’arbitraire (pii régnera toujours clans cette partie des arts et (|ui les
rend susceptibles de variations inépuisables, elle n’a encore atteint, ni pour la commodité ni pour l’agrément, le point de perfection auquel on peut le porter.
(( Nous désirons vivement que nos suites d’estampes, où seront annuellement consignés les progrès du goût dans les habillements et dans les meubles, montrent bientôt que l’élégance peut être séparée du ridicule ; que l’on peut avoir une belle taille sans l’acheter au prix de son existence et de la santé de la génération prochaine ; enfin, que si un aveugle attachement aux anciens préjugés a retardé, dans nos habits, l’introduction du bon goût qui fait, dans tous les arts, la gloire du siècle, il n’en est pas moins dans l’esprit français de reconnaître partout son empire.
« Pour éviter la sécheresse de simples estampes descriptives et pour donner, en même temps, quelque idée de nos manières dont l’histoire fait partie des annales de la mode, nous avons, dans cette collection, comme dans la précédente, tiré de la vie privée de nos Élégantes une action qui fait le sujet de chaque tableau.
<( La suite qui a été publiée l’année dernière a oftert la vie d’une jeune femme livrée aux amusements de la Société, jusqu’à l’époque de la maternité. On s’est appliqué à rendre, avec beaucoup d’exactitude et d’après nature, les Personnages célèbres, en même temps que les Habits et Ameublements à la mode pendant le cours des années 1775 à 1776. »
11 s’agit donc bien de costumes réels, c’est-à-dire
ŒUVRES DE MÜEIÈRE. — LE B0UR(iE01S GEA'TIEHOMME
de documents authentiques destinés à l’histoire des mœurs. Et pourtant, si l’on ouvre le journal officiel du Costume, la Galerie des Modes de la même année, on voit une différence singulière entre ces images professionnelles et les Costumes de Moreau le Jeune. On remarque, en même temps, que de lui ou de Freudeherg, le plus fidèle a été Freudeberg. L’artiste suisse a scrupuleusement suivi la Galerie des Modes. Si l’effort de son imagination est allé jusqu’à reproduire une jeune femme sortant du bain ou se promenant dans un jardin, il s’est arrêté là. Moreau, au contraire, a tout créé, scènes, personnages et costumes. Son œuvre est originale et l’on peut découvrir le plan qu’il s’est tracé.
La première vignette de son Emile présentait le tableau de la famille idéale, c’est-à-dire de la famille selon J. -J. Rousseau. Or, la Seconde Suite d’Estampes a beau s’annoncer comme une suite de scènes tirées de fa vie privée de nos Élégantes, son véritable titre serait : « L’histoire d’une jeune mère. » Sur les douze planches de cette série, sept sont consacrées à la maternité, non pas à celle que les élégantes de tous les temps considèrent comme un incident importun, mais à la maternité que célébrait le philosophe. Chacune de ses périodes fait le sujet d’un tableau, scène de la vraie nature, prise dans la vie la plus bourgeoise comme la plus aristocratique. Au costume près, c’est l’histoire de toutes les femmes, on plutôt leui- apothéose. La Dêcla-
:nioreau le jeune
ration de la grossesse, les Précautions^ N’a^yez pas peur, ma bonne amie, sont l’encoiiragemeiit à la jeune mère; C’est un fils, monsieur! est son triomphe et sa gloire.
Mais l’heure de cette victoire une lois passée, notre Elégante redevient elle-même. <( Elle a rendu à son époux et à sa famille ce qu’elle leur devait ; il lui reste à payer un tribut à la fragilité de son sexe », c’est-k-dire se laisser aller à ces liaisons tendres qui s’arrêtent devant les devoirs de famille et n’engagent que le cœur. Elle y est toute prête, et non sans excuse. Son mari a nu (ils, héritier de son nom, de ses titres et de ses biens ; le reste est sans importance. La jeune femme se sent délaissée. « Les froideurs du mari qui a goûté tous les fruits de l’hymen, ont fait naître dans son cceur, une espèce de dépit qui est, presque toujours, la ])j*emière source des fautes auxquelles les circonstances entraînent souvent les femmes les |)lus vertueuses... » Ce sera, presque mot poui* mot, l’excuse que, dix ans plus tard, dans le Maîfage de Figai‘o, la Comtesse donnera de son faible pour Chérubin.
L’Accord parfait nous la montre sur celte pente dangereuse. Elle prend une leçon de harpe, mais elle voit l’elfet de sa beauté sur l’amateur qui la lui donne et elle a des distractions. Ce ne sera pourtant pas (le là ((ue viendra le péril. Il est plus près d’elle, dans sa propre famille, dans sa inaisoji, sous l'agréable foianc du j)ctit cousin, le jeune Chevaliei’
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