‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 23 sur 66 · ŒUVRES DE MOLIÈRE. — LES FOURBERIES DE SCAPIN · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE MOLIÈRE. — LES FOURBERIES DE SCAPIN

de MalL(‘. C’est un des petits parrains ([ii’elle a choisis; il doit épouser sa jeune sœur : tels sont les arrangements préparés longtemps à l’avance ; on s’y soumettra donc, mais ils n’ont rien à voir avec les exigeiiices du comr.

Ce jeune Chevalier est le meme qui l’attendra an Pont tournant des Tuileries et lui donnera le bras an Rendez-vous pour Mari)' ; le même dont elle regrettera l’absence lorsque, se [)i*omenant à cheval an bois de Boulogne avec son amie, celle-ci rencontrera, comme par hasard, un cavalier dont la vue la léra rougir. Notre Klégante a compris l’intérêt de pareils hasards. Si elle avait su, si elle avait en le temps, elle eût mis de la pai*tie son petit cousin : c’eût été alors la partie complète, la Double Refteo/dre au bois de Roulopne^ en tout bien tout hoiiiienr, naturellement, car le temps n'est pas A enn on la vertu de la jeune remme doit être mise à l’épreuve.

Ce moment n’arrivera même jamais, puisque le jeune olïicier vient de rccevoii* l’ordre de rejoindi’C son régiment. Pour la dernièiv fois, il accompagne sa cousine et son mari dans Iciii* petite loge de l’Opéra. Le mari ejitre le premici*, — <( les maris semblent toujours cire de moitié avec les hasards lavorables aux amants », — et le Chérubin dépose, sur la main de sa cousine, un baiser l)i*ûlant ([ni l’éclairera elle-même* sur le seci*el <le son cœur, ce seront leurs Adieux. Henrensement, il ])art; son absence sera un remède sur contre le poison ([ni

MOKEAU t;e jeûne

commençait ses ravages, et la guérison sera achevée par des soucis plus graves , qui relégueront au second plan, toutes les émotions sentimentales.

Ces nouveaux soucis sont de ceux qui font reculer l’amour. N’est- il pas désarmé devant la vanité et l’ambition? Notre Élégante vient d’être nommée Dame du Palais de la Reine. La voici à Versailles, en habit de cour, pour la présentation à la Reine. Elle traverse les Grands appartements, précédée de deux pages, accompagnée de ses parents qui viennent jouir de son triomphe, et d’une Dame du Palais qui lui adresse ses dernières recommandations. Cet instant est le plus solennel de la vie d’une femme. Une révérence va la transformer. Elle sera de la Cour, elle entrera dans ce pays qui tient entre les quatre murs du château de Versailles et qui, cependant, est grand comme le royaume tout entier; pays mystérieux, redouté, redoutable, à la fois éblouissant et ténébreux, que tout le monde aperçoit du dehors, regarde, critique, mais où les élus seuls peuvent entrer. La jeune Dame du Palais racontera souvent à ses enfants et à ses petits -enfants l’insigne honneur qu'elle a reçu. Elle dira plus tard avec fierté : « C’était l’année où je fus présentée. » Toutes ces idées, vieilles de plusieurs siècles, et qui paraissaient éternelles, se présentaient certainement à l’esprit de Moreau lorsqu’il dessinait ces poétiques visions ; il ne se doutait pas que quelques aimées suffiraient à en faire des documents précieux pour

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