‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 3 sur 66 · ŒUVRES DE MOLIERE. — LES PRECIEUSES RIDICULES · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE MOLIERE. — LES PRECIEUSES RIDICULES

encore mieux comprendre tout ce que Moreau le Jeune a apporté de vérité et de nouveauté dans l’expression des foules.

La Marche du Roy sur le Pont-Neuf, dessinée plus d’un siècle auparavant par Van der Meulen, est de même ordonnance. Louis XIV, dans son carrosse, entouré de ses Gardes dn corps, de ses pages, et des Suisses, passe sur le Pont- Neuf au milieu d’une liaie de peuple. Il y a là un essai de tableau de la vie populaire : des gamins qui se battent, des pâtissiers avec leur éventaire, des bourgeois qui causent. Mais il y manque ce que l’ironie de Moreau a ajouté, dans sa composition, de vérité et de vie.

Il n’atteignit pas du premier coup cette intensité d’expression. Il avait commencé par les groupes pour arriver aux foules. Vernet lui avait montré quel parti on pouvait tirer de ce nouveau sujet, et, avec toute la différence de la portée d’esprit et du talent, il était arrivé à la merveille dans ce genre : T^a Fête donnée à Louceciennes le 2 n décembre 11 ni.

Cette Fête n’est mentionnée par aucun des nouvellistes ou chroniqueurs dn temps, si empressés pourtant à noter les moindres incidents de Cour. On ne peut néanmoins douter de sa réalité. Moreau le Jeune avait été présenté, l’année précédente, par Gochin et agréé comme dessinateur des Menus- Plaisirs. 11 était devenu, par là, le dessinateur oftîciel de tontes les cérémonies de la Cour et le

tableau d’iiiie fête supposée où se seraient trouvés le Roi et sa maîtresse en titre, eût été une offense dont le châtiment ne se serait pas fait attendre.

Le dessin de Moreau lut exécuté, probablement, sur la demande de Madame Du Barry, puisqu’elle le conserva chez elle, où il fut découvert, dans la perquisition qui suivit son arrestation, en 1793.

Le souper se lit dans la salle à mang-er du nouveau pavillon que l’architecte Le Doulx venait de construire. Le décor était merveilleux. Au-dessous d’un plafond à caissons, des tribunes remplies de dames qui assistent, d’en haut, à cette parodie du Grand Couvert ; en bas, des statues de marbre de Pajou et de Lecomte ; des torchères et des lustres de Gouthière ; partout, ce que le luxe et le goût le plus délicat, ont de plus somptueux.

Le Roi et Madame Du Rarry sont assis l’un à côté de l’autre, au milieu de la table, en pleine clarté, mais, au second plan. Entre eux et le spectateur, s’interposent d’autres personnages. Le premier plan est occupé, exclusivement, par ceux qui servent et non par ceux qui soupent. Louis XV et la comtesse, bien que placés dans une éblouissante lumière, ne sont plus que des figurines à peine reeonnaissables. La note même de Moreau, au bas de son dessin, est nécessaire pour qu’on le situe et qu’on donne des noms aux convives.

Ce souper est bien le souper de la Cour, non [>as l’orgie grossière, telle que se le figurait l’ima-

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