OU LE COCU IMAGINAIRE
gination populaire, mais celui que nous décrit si exactement, le duc de Croÿ dans ses Mémoires, le festin compassé, asservi à l’étiquette, en un mot, froid et ennuyeux.
C’est donc la foule qui, là encore, occupe la première place, les Gardes suisses avec leur liabit rouge et l’épée au côté, les valets qui servent, les intendants qui dirigent, tout ce qui est titulaire d’une charge dans la maison du Roi ou de la maîtresse.
A dire vrai, c’était toujours la tradition de l’art français, mais là où les peintres et les graveurs du XVII® siècle n’avaient mis que des personnages sans relation avec le sujet, le xviii® siècle avec Vernet et Moreau mettait l’intérêt et la vie.
Revenons à Moreau le Jeune quand il sortit de l’atelier Le Ras, ou plutôt, au moment où il voulut se suffire à lui-même, car, en réalité, les relations ne furent jamais rompues entre son maître et lui. Après son mariage, il AÙeudra s’installer rue de la Harpe, en face de Le Bas et deviendra son associé dans la plupart de ses entreprises de gravure.
Ses commencements furent difficiles. Il acceptait, à bas prix, ces ouvrages de labeur qui donnent à peine le pain quotidien. Il grava pour le comte de Gaylus, pour V Encyclopédie, pour tout le monde,
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histoire commune à la plupart des artistes. Combien, et des meilleurs, bénéficiaires aujourd’hui de toutes les renommées et de tous les honneurs, ont commencé modestement par le prospectus anonyme, par la caricature, par la vignette de journal ou l’illustration du livre à bon marché !
jMais si, à notre époque, les débuts sont lents et restent souvent obscurs jusqu’à être méconnus, au xviiU siècle, le talent ne tardait longtemps ni à se faire connaître, ni à être protégé.
Le mariage de Moreau le Jeune fut la première récompense de sa valeur d’artiste, et son premier pas vers la fortune.
En 1765, il épousait, à vingt-quatre ans, Françoise-Nicole Pineau, âgée d’environ vingt-cinq ans, fille de Dominique Pineau, le sculpteur et de Jeanne Marie Prault, fille du libraire.
Les relations d’ancienne amitié f[ui unissaient les Pineau à Dumont l’architecte et à Moreau, avaient préparé ce mariage. L’événement était heureux pour notre dessinateur qui entrait ainsi dans un groupe d’artistes considérés, bien en coui', recherchés par les amateurs, employés par les Contrôleurs des Bâtiments du Roi. IVIoreau en même temps s’alliait à l’une des pins grandes familles de libraires du siècle, les Prault.
Pi erre Pi“ault, libraire-imprimeur des Fermes du Roi, était un homme considérable dans sa corporafion. En 1765, au moment du mariage de Moreau,