LA QUERELLE
coinmnne haine fit l’amitié entre le graveur du Cabinet du Roi et l’Académicien, tous deux comblés de faveurs par le régime dont ils souhaitaient la ruine.
Moreau le Jeune célébra par de grandes planches solennelles et froides, les premières manifestations politiques de la Révolution : U Assemblée des Notables, le Lit de Justice, LOm^ertiire des États généraux et surtout par un Monument à la gloire du Roi qu’il vendit à M. Devarenne, et que celui-ci olfrit à rxA.ssemblée nationale. Mais renthousiasme politique de Moreau n’était pas complètement désintéressé, et la lettre qu’il écrivit à ce sujet au président de l’Assemblée montre, comme la lettre à Beaumarchais, avec quelle persévérance il entendait faire fructifier ses plus gracieuses imaginations.
Paris, ce 23 août lygo.
A Monsieur le Président de l'Assemblée nationale Monsieur le Président,
Excusez, je vous prie, mon importunité, mais comme l’affaire pour laquelle j’ai l’honneur de vous écrire est entre un de vos officiers et moi, j’ai cru devoir la soumettre à votre décision. Amici le lait : j’ai fait un dessin à M. Devarenne (l’im des huissiers de l’Assemblée); il représente un monument à la gloire du Roi. 11 en a fait l’hoin-
mage à l’Assemblée natloiiale ; même il a été exposé pendant quelque temps. M. Devarenne et moi fîmes la convention suivante : i° que je lui livrerais ce dessin dans le courant de septembre 1789, ce que j’ai fait, comme le reçu qu’il a de moi en fait foi; 2° il était convenu avec moi de me payer 20 louis pour mes honoraires en lui livrant le dessin, ce qu’il n’a pas fait ; au contraire, il ne me donna que la moitié du prix convenu avec promesse de me paj cr l’autre moitié dans le courant d’octobre de la même année, ce qu’il n’a pas fait encore, malgré que je lui aie écrit plusieurs lettres auxquelles il n’a pas toujours répondu ; quand il l’a fait il m’envoie au calandre grec ; il emploie toujours des expressions très-vagues. Enfin, comme voilà neuf mois })assés depuis la promesse de M. Devarenne et que tout doit avoir une lin, je m’en réfère donc, Monsieur le Président, à ce que votre sagesse me dictera pour que je sois payé, ce que je désire le plus tôt possible, l’argent étant fort rare et les arts fort dans l’oubli, ce qui me force à exiger mon paicmenl. Cependant, s’il était dans l’impossibilité de me satisfaire dans ce moment, qu'il me soit donc permis de mettre opposition à ses appointements. J’ai l’honneur d’être... Moreau le Jeune, dessinateur et graveur du Cabinet du Roi et de son Académie.
Nommé, en 1791, membre de l’Académie des Reaux-Arts dont il était l’agréé depuis dix ans, au lieu de défendre la compagnie qui venait de l’admettre, il passe dans le camp de David et s’associe à toutes les mesures qui préludaient à sa destruction. Il est de ceux qui demandent l’égalité
xi- -■
fl
(KUVIŒS DE J.-J. ROUSSEAU. — LA NOUVELLE HÉLOÏSE