LA PROMENADE SUR LE LAC
(( Les secrétaires des Académies, les professeurs, les savants, gens de lettres ou artistes qui, à ce titre, ont obtenu les logements au Louvre, les conserveront provisoirement, jusqu’à ce que le plan d’organisation de l’Instruction publique ait été décrété et mis en activité. »
Ce régime transitoire reconnaissait néanmoins un principe qui permit, plus tard, à la Convention d’accorder de nouveaux logements. C’est ainsi que Moreau le Jeune s’y trouvait installé, en 1793, et pouvait y donner son adresse. Son frère aîné, Louis- Gabriel, celui qu’on appelait Moreau le peintre, obtint aussi la meme faveur, due à ses amitiés politiques.
Les logements du Louvre n’assuraient cependant pas une parfaite quiétude à leurs possesseurs. Les agents officieux de l’Administration pénétraient partout, au mépris des décrets de l’Assemblée. Une lettre adressée au Journal de Paris du septidi 7 pluviôse, l’aii IIP de la République française (26 janvier 1795), montre ce qu’était la tranquillité des savants et des artistes. Cette lettre est signée d’Antoine-François Sergent-Marceau, « artiste, représentant du peuple ».
Sergent-Marceau était un graveur de talent auquel 011 doit des estampes en couleur de l’art le plus délicat. Il s’était jeté dans la Révolution, comme Moreau le Jeune, et avait été élu député à la Conveiitiou, où sa fermeté avait rendu de grands services à la cause des beaux-arts, dans toutes les commissions auxquelles
la République avait donné mission de les protéger.
« Le lo nivôse, an IIP, écrivait-il aux Auteurs du Journal de Paris, deux individus se sont présentés au concierge du Louvre pour prendre de lui des renseignements sur les habitants de ce palais national ; ce citoyen, patriote estimable, en leur répondant, s’est servi du nom de frère. « Nous ne sommes pas (( parens, je crois », a répondu aigrement l’iin d’eux. n — J’avais pensé que tous les républicains étaient (( frères, mais, puisque nous ne le sommes pas, vous (( et moi, je ne répondrai à rien que vous ne m’ayez « montré vos pouvoirs. » A ces mots, nos commissaires lui tournent le dos et s’en vont chez un portier qu’ils forcent de les accompagner. »
Après être allés chez Roland, le sculpteur, chez Suvée, chez Redouté, ils sonnent à la porte de Moreau le Jeune. « Chez Moreau le Jeune, dessinateur, leur début a été des reproches de ce qu’il leur avait donné la peine de sonner trois fois (il était seul chez lui et occupé de ses travaux). Moreau voit d’un coup d’œil à qui il a affaire et ne répond point. Ils commencent un état de son logement, et, malgré ses justes observations, ils y comprennent sous le titre de pièces une grande armoire et une profonde embrasure de croisée bouchée, où Moreau a fait un retranchement. Pour rédiger ce curieux procès-verbal, l’un d’eux eut rimpcrtinencc sacrilège de poser son barbouillage sur un dessin auquel l’artiste était occupé à travailler. »
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