‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 36 sur 66 · VJ · texte numérisé non relu

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De là, ils passent chez Morean l’ainé, le peintre. Mais ils y trouvent une surprise qui les oblige à se retirer.

<( Chez Moreau Famé, peintre, ils allaient du même ton, avec la même urbanité... Mais celui-ci, plus vif, a voulu des pouvoirs. Refus. 11 insiste. On persiste. Je vais donc vous montrer les miens : un décret de la Convention nationale qui le nomme un des membres du nouveau Comité révolutionnaire. Cette pièce a humanisé, non, étourdi, l’insolence de ces messieurs. »

Cet incident n’eut jJRS de suite. Moreau le Jeune conserva jusqu’en i8oi, la jouissanee paisible de son logement, que la protection de son frère aîné contribua à lui assurer. Tous les deux, il faut le reconnaître, ne cessèrent de se mêler activement à toutes les manifestations en faveur des beaux-arts, auxquels ils rendirent ainsi d’importants services. Notons, enfin, leur nom au bas de la pétition que tous les artistes d’alors, adressèrent au Directoire, pour lui demander de laisser à Rome les chefsd’œuvre d’art qui s’y trouvaient.

(( Citoyens directeurs, disait-elle, l’amour des arts, le désir de conserver leurs chefs-d’œuvre à l’admiration de tous les peuples, un intérêt commun à cette grande famille des artistes répandus sur le globe, nous amène aujourd’hui devant vous. Nous craignons que cet enthousiasme qui nous passionne pour les productions de génie, n’égare sur leurs

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véritables intérêts, même leurs amis les plus ardents. Nous venons vous prier de peser, avec maturité, cette importante question de savoir s’il est avantageux pour la France et les artistes en général, de déplacer de Rome les monuments d’antiquité et les chefs-d’œuvre de peinture et de sculpture, qui composent les galeries et les musées de cette capitale des arts. »

Et la pétition demande qu’avant de rien déplacer de Rome, une commission soit nommée par l’Institut, pour faire un rapport général au Directoire.

Au bas, on lit les signatures de Louis David, Dumont le sculpteur, Pajou, Soufïlot l’architecte, Vivien, Julien, Suvée, Hubert Robert, Girodet, les architectes Fontaine et C. Percier, Vivant-Denon, Moreau l’aîné. Moreau le Jeune, etc...

Cette requête ne fut d’aucune conséquence ; mais elle donnait au moins l’opinion de grands artistes sur la question toujours actuelle du déplacement des objets d’art.

Sous le Directoire, Moreau obtint une légère compensation à la place perdue de graveur du Cabinet du Roi : celle de professeur aux Ecoles centrales. Et encore ne fut-il nommé qu’en 1797. En attendant, il fallait vivre et le malheureux artiste se mit à refaire ses anciens dessins.

Heureusement pour lui, il rencontra le libraire Renouard qui devint sa providence jusqu’à son dernier jour. Il recommença pour lui ses anciennes illus-

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OEUVRES DE J.-J. ROUSSEAU. - LA NOUVELI.E HÉLOÏSE

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trations, en les gâtant : il reprit son Voltaire^ son Molière ; il attaqna Racine, Boileau, La Fontaine et le Voyage du Jeune Anacharsis àeVabhé Barthélemy qu’il rencontrait dans les commissions des Beaux- Arts. Au milieu de cette production abondante et incolore, il retrouve cependant un instant de jeunesse dans les Œuvi^es de Gessner, éditées par Benouard en l’an YII. Assurément, l’inspiration classique y est toute puissante, mais avec une grâce qu’il ne connaissait plus. On dirait que Moreau a vu Prud’hon et qu’il a pensé à lui en dessinant ses Baigneuses. Ses souvenirs d’Italie perçent dans la composition du Déluge : cette jeune femme renversée sur les genoux de son amant est une de ces statues familières à l’antiquité romaine. Quant au paysage, celui qui illustre la Lettre sur le Paysage, appartient à Claude Lorrain et au Poussin, par ses temples, ses fabriques, ses arbres majestueux et ses bergers près du ruisseau. Nous voilà bien loin des scènes champêtres des Chansons de Lahorde et de Rousseau. Il y a

entre elles, non seulement l’âge, mais dix ans de B évolution.

En i8oi. Moreau est obligé de quitter le Louvre, avec la plupart de ceux qui y étaient logés. La dégradation du moment était complète. Depuis près d’un siècle, le Louvre abritait une colonie d’artistes qui avaient accommodé les galeries à leur usage. Ce u’étaient que maisons a éritables, construites sous les hautes voûtes, appartements formés de cloisons entre

lesquelles serpentaient des couloirs obscurs où les femmes des loeataires entretenaient, à tour de rôle, des quinquets fumeux. L’architecture du bâtiment n’avait même pas été respectée ; partout des trous dans les murs, les voussures, les corniches. Enfin un désordre et une saleté tels, que la suppression des logements devint une mesure de salubrité et de salut pour l’existence du palais.

Moreau le Jeune émigra rue d’Enfer-Saint-Michel, dans un petit appartement au quatrième. Il y passa les dernières années de sa vie, dans une pièce à carreaux rouges, telle qu’on en voyait dans toutes les maisons de l’ancien Paris ; tout autour une bibliothèque garnie de toutes les éditions des livres qu’il avait illustrés et quelques livres du xviii® siècle, car il aimait la lecture. Il travaillait seul, à sa fenêtre ; et, comme il ne sortait presque plus, il se servait des dessins de modes que lui apportait son petit-fils Horace Vernet, alors modeste dessinateur du Journal des Dames et des Modes, avant de devenir un grand peintre de batailles.

La gêne était entrée dans cet intérieur. La Révolution l’avait ruiné et le temps était passé des amateurs de beaux livres. On peut dire que, jusqu’à sa mort, en i8i4, il vécut des dessins commandés par Renouard dont l’admiration et l’amitié lui restèrent fidèles. Secours bien précaire, si l’on en juge par les deux lettres qu’il lui écrivait dans les derniers mois de sa vie.

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ŒUVRES DE J -J. ROUSSEAU. — LA NOUVELLE HÉLOÏSE

l’amour maternel

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« Je prie Monsieur Renonard de venir à mon seeours : ear je ne sais pins où donner de la tête. Je n’ai pas le sou, je me trouve dans le plus grand embarras ; j’attends tout de Amtre eomplaisance et soyez eertain de la reeonnaissanee de eelui qui sera toujours tout à vous. » Et, quelques mois après : (( Je suis fâeîié, Monsieur, de vous tourmenter, mais je me trouve dans eette dure néeessité, ne pouvant travailler dans ee moment, mon bras refusant le serviee. Il paraît que, d’iei à la lin de l’aimée, je ne peux guère espérer que j’en puisse jouir librement ; n’ayant d’espéranee de recevoir de l’argent que vers la lin de janvier. J’ai donc recours à vous pour m’en faire faire le plus tôt possible. Je compte sur vous pour cette semaine sans faute. »

Cet appel était lamentable. Ceiiendant, il ne doit pas nous faire oublier que Moreau conservait toujours sa maison de Provins, qu’il légua à sa lille.

La vérité est qu’il finit dans une sorte de solitude, plus cruelle que tout, pour ceux qui avaient connu la société de l’Ancien Régime. Toute la grande famille des Pineau, Moreau, Yeriiet avait été cruellement décimée depuis quinze ans : elle s’était dispersée, disjointe plus moralement que matériellement. Parents ou alliés ne communi(|uaient plus guère entre eux que par des lettres où ils se donnaient de leurs nouvelles, de loin en loin.

En 1H09, le neveu de Moreau le Jeune, Laurent

MUREAU LE JEUNE

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Feuillet, bibliothécaire à l’Institut national, écrivait à son oncle F. -N. Pineau: «Vous m’avez demandé, mon cher oncle, des nouvelles de toute la famille et je vais vous en donner. M. et Madame Moreau se portent très bien ; ils sont dans ce moment à Provins, dans leur jolie petite habitation. M. et Madame (G.) Vernet sont aussi en fort bonne santé, leur fils (Horace) a eu le bonheur d’échapper à la conscription ; il suit sa carrière où il annonce chaque jour des talents plus marqués. Madame Lecomte (la fille de Carie A ernet) nourrit sa fille qui se porte très bien ; elle est à la campagne avec son mari, chez sa cousine, autrefois Mademoiselle Saugrain, aujourd’hui Madame Désandroin.

(( Quant aux Prault, il ne reste plus aujourd’hui que Saint-Martin. Prault l’aîné est mort il y a deux ans, Saint-Germain vient de mourir. Le premier, jusqu’au dernier moment fastueux et gêné, a laissé une fortune très médiocre et fort embarrassée à sa deuxième femme qui l’avait d’avance bien payée en l’épousant ; le deuxième a fini sa triste carrière dans un hospice. Saint- Martin, le plus rangé des trois, reste avec une fortune médiocre, mais suffisante. Voilà le résultat de la belle fortune que M. Prault, mon grand-oncle et mon parrain, s’était appropriée un peu à nos dépens. Savez-vous que, quoiqu’il ne fût rien moins qu’économe, il a laissé i5o,ooo francs à chacun de ses enfants ? Des Saugrain, tous ceux que j’ai connus vivent et sont bien portants. M. et

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