‹ Moreau le jeune, 1741-1814Chapitre 37 sur 66 · I.A MOUT Uli JULIE · texte numérisé non relu

I.A MOUT Uli JULIE

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Madame Guillotin ont acheté cette année une fort jolie propriété à six lienes de Paris. La vieille mère Saugrain est toujours aimable et gaie... Saugrain, autrefois élève de M. Moreau, autrefois marié, autrefois graveur et libraire, n’est plus, de tout cela, que père de deux belles filles et d’un fils que leur mère, devenue fort riche par un second mariage, établira sûrement fort bien. Pour les autres parents ou alliés, je prie Dieu qu’il les maintienne sains et dispos, mais je n’en entends presque jamais parler.

(( Croiriez -vous que, de mou côté, je ii’eii ai presque plus ? La nombreuse famille de mon père s’est éteinte si rapidement, que nous ne sommes plus que deux cousins du même nom, tous deux garçons, et tous deux, je pense, assez sages pour vivre et mourir dans ce bien heureux état. »

La Révolution avait dissous les anciennes familles et en avait créé de nouvelles. Les survivants de l’ancienne société, essayaient de renouer la tradition familiale, en se groupant autour des enfants et des petitsenfants. C’est ainsi que le jeune Horace Yernet devient l’enfant gâté, l’idole de Moreau le Jeune. Le vieil artiste revoit en lui l’héritier de tous les talents de la famille. Il va être, de par sa précocité, le centre de toutes les espérances. Moreaji appartient à un autre âge ; Carie Yernet s’est cantonné dans un genre anecdotique ; seul, le jeune Horace, malgré son âge, est reconnu comme chef futur de toute la famille. Tous les yeux sont tournés vers

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lui, tout ce qu’il fait est bien fait, tout ce qu’il dit est bien dit. C’est par lui que va se perpétuer un nom glorieux dans l’art français.

La fin de Moreau le Jeune fut triste. Il avait été rétabli par Louis XVIII dans son titre de graveur du Cabinet du Roi, mais il ne jouit pas - longtemps de cette faveur. Sa femme, qui avait été pour lui la plus patiente des compagnes, mourut en 1812 dans leur petite maison de Provins. Il revint à Paris dans son appartement de la rue d’Enfer où il véeut jusqu’au 3o novembre i8i4- Un mal terrible, un cancer, l’attaqua au bras. Le docteur Guillotin, son parent et son ami, qui, depuis des années, avait conduit sa santé, venait de mourir le 26 mars. 'Il essaya de tous les remèdes, se mit entre les mains des empiriques : rien ne réussit. Il ne se croyait pas irrémédiablement atteint et pendant qu’il exposait à Madame Renoiiard ses projets de travail, le mal se développait « avee une rapidité et une violence inconeevables, de sorte qu’ayant perdu tout espoir de guérison, écrivait son neveu L. Feuillet, nous en étions à désirer presque que la mort vînt terminer des douleurs qui paraissaient insurmontables. Du moins, elle a été douce, même presque insensible. » Ainsi s’acheva cette vie longue et laborieuse, dont les dernières années furent aussi tristes que les premières avaient été riantes. Malgré les épreuves de cette fin, 011 peut dire que Moreau le Jeune fut un artiste heureux ; il eut un double bonheur, bien rare,

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