CKLIVRES DE MOLIÈRE. — L'ÉCOLE DES FEMMES
(KUVRKS DK MOLIÈRE. — LA CRITIQUE DE T/ÉCOLE DES EEMMES
l’on ne soupçonnait pas alors. Et une mythologie illustrée, de nos jours, devrait être faite des types primitifs de l’humanité.
Heureusement pour l’art, le xviii® sièele s’en tint aux élégants poèmes d’Ovide. Rien de laid, était sa devise, et il fut servi à souhait.
Les Métamorphoses d’Ovide gravées sur les dessins des meilleurs peintres français par les soins de Le Mire et Basan, graveurs. Tel fut le titre de ces quatre volumes dont la publication dura quatre ans, de 1767 à 1771. Ils étaient dédiés an duc de Chartres, — le futur Philippe -Égalité, — arrièrepetit-fils de ce Régent, dont les auteurs, dans leur dédicace, rappelaient, en termes voilés, les gravures pour Daphnis et Chloé.
a Les peintres » auxquels ils avaient confié le dessin des vignettes, étaient Roucher, Eisen, Monnet, Gravelot, etc., enfin Moreau le Jeune, qui fournit vingt-quatre dessins gravés par Le Mire, Raquoy, Simonet, Rasan, etc...
Moreau figurait donc, dès cette époque, parmi l’élite de ces artistes français dont la valeur, après toutes les révolutions du goût, a persisté au point de devenir immnable. Et ses vingt- cjnatre vignettes sont parmi les meillenres de la série, avec celles de Gravelot et de Monnet. Eisen y figure aussi, mais avec une insuffisance de dessin qui fait croire que le grand et maigre élève de Le Ras, avait plus de goût pour les cavalcades du dimanche que pour les académies de
l’atelier. Il passait, déjà, pour un paresseux bien doué, pour un de ces bohèmes au travail facile et négligé, comme il en existe tant encore dans le monde des illustrateurs. Il a justilié sa réputation. Quelle différence entre lui et son camarade Moreau, le laborieux obstiné, perpétuellement appliqué à la perfection de son dessin, tendu vers cette ambition de faire tenir de grandes compositions dans le cadre étroit d’une vignette !
Quant à Bouclier, il n’intervient, dans les Métamorphoses, que par des groupes de Nymphes et d’ Amours, qu’il avait répétés partout et à profusion, images sans rapport direct avec le^ Fables qu’elles devaient commenter. On dirait de ces études d’atelier ({lie tout artiste en renom abandonne au libraire, pour ajouter à un livre le prestige d’un nom glorieux.
Mais, malgré les disparates, inévitables entre dessinateurs de tempéraments divers, les Métamorphoses gardent une unité d’inspiration qui en fait un type du livre illustré sous Louis XV. Et cette unité n’est pas due à la volonté impérieuse du directeur de la publication, mais aux principes universellement admis, qui avaient dirigé l’éducalion de ces artistes, les avaient enveloppés d’une atmosphère d’idées identiques et les avaient conduits vers le même but : toutes conditions nécessaires à la formation d’un style.
Celui qu’on est convenu d’appeler « style Louis XV » a passé par de singulières vicissitudes, (’hez les contemporains même, il rencontra des cou-
(KUVRES DE MOIJÈKE. —
I/IMPROMETE DE VER.SAII.EES
tempteurs. On l’appelait alors, avec dédain, « style moderne », et sa préciosité faisait présager à quelquesuns, la décadence irrémédiable de l’Art. Aujourd’hui, bien des exagérations qui étonnaient ou blessaient le goût de nos pères, nous sont devenues imperceptibles. Le temps, qui nivelle les détails pour ne respecter que les grandes lignes, n’a plus laissé que le fond durable de ce style qui nous apparaît homogène, depuis son commencement jusqu’à sa fin.
Il a subi une réaction violente, poussée jusqu’à la plus complète disgrâce. On sait en quel dédain il a été tenu par l’École de David et les romantiques. Il a failli périr pour avoir été suspect de convention et d’illogisme.
Il a survécu cependant ; la revanche est venue et, aujourd’hui, il est remis en son plan, à côté des plus belles formes de l’art français.
Ce retour de faveur a ses raisons authentiques, puisqu’il est bien entendu que le goût des amateurs ne suffît pas pour consacrer la valeur d’une époque. Ces raisons, il les porte en lui-même : elles se résument en deux mots : la science et la conscience des artistes qui Font créé.
Ne parlons pas de l’architecture qui implique, depuis l’antiquité, des lois inéluctables. Les ouvrages d’un Gabriel, d’un Lassurance, d’un Blondel, témoignent pour eux. Mais, dans la peinture, les œuvres d’un Chardin, d’un Boucher, les portraits d’un Perronneau ou d’un Duplessis, sont le dernier terme
d’une science profonde du dessin et des valeurs.
On disait de Largillière qu’il était un des plus grands techniciens de la couleur. Le mot pourrait s’étendre à tous les artistes qui l’ont suivi. Le xviii® a été le siècle des techniciens.
Il n’est pas jusqu’à l’art ornemental dont les fantaisies, qui semblent nées d’un caprice nonchalant, ne soient, en réalité, établies sur les principes les plus positifs. Il est facile de retrouver la règle et le compas dans ces courbes imprévues, ces rinceaux, ces coquilles, ces guirlandes, jusque dans ces attributs si pondérés dans leur liberté.
Tout, dans l’art de ce temps, était fondé sur la science et la raison. Les vignettes de Moreau le Jeune, comme celles de ses rivaux, ont cette raison et cette probité. Leur composition, dans la suite des Métamorphoses^ a été étudiée par lui avec un soin qui l’égale à celles de Boucher. A côté de ce maître, il tient sa place. Quant au dessin, c’est celui d’un artiste qui, dès l’enfance, a vécu le crayon à la main, qui, partout et toujours, en dehors des heures d’atelier, a noté les formes, les gestes, et surpris l’expression caractéristique de tout ce qui a passé devant ses yeux.
Un art fait de ces éléments peut ne pas atteindre aux plus hautes conceptions de l’esprit humain ; il peut ne pas satisfaire ceux qui cherchent l’âme des choses ; mais il a, comme l’art grec du iii® siècle, auquel il ressemble par l’esprit et la gaieté, tout ce qu’il faut pour durer : l’imagination et la science.
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