‹ Morphologie de Tridacna elongata et de HippopusChapitre 5 sur 39 · POSITION À DONNER A L'ANIMAL · texte numérisé non relu

POSITION À DONNER A L'ANIMAL

D'après ces citations, on voit que la théorie du retournement ou de la torsion existe encore aujourd'hui dans le dernier travail publié, et, par conséquent, que le même embarras se retrouve, quand on veut arriver à une explication logique et rationnelle de la morphologie de l’Acéphale,

Il est nature] de supposer que je ne suis pas le seu] à éprouver des difficultés en cherchant à interpréter les différentes descriptions de la Tridacne qui est certainement l'un des Acéphales dont la morphologie à été le plus diversement comprise. On peut cependant le rapporter, je crois, fort simplement au type normal.

Cette publication n'offrira pas de très grandes nouvautés, je le comprends et le reconnais d'avance, mais j'espère, que si elle rend facile l'interprétation de cet animal qui, au premier aspect, parait si bizarrement organisé, elle aura du moins lutile effet de faire disparaître les opinions diverses qui encombrent les traités de malacologie,

Pour arriver à s'entendre, il faut poser l'animal de façon à ne laisser aucun doute sur la valeur des termes employés, et surtout ne jamais appliquer ces termes à des positions différentes données à l'animal.

Je ferai les descriptions qui vont suivre sans me préoccuper des comparaisons qu'on pourrait établir avec celles qui sont déjà dans la science, Ces rapprochements seront faits par les lecteurs euxmêmes, quand ils auront, comme je le désire et l'espère, bien suivi

interprétation de la topographie qu'ils vont lire.

Il faut poser d’abord l'animal (fig. 7, pl. I).

La bouche sera toujours dite en haut et regardant en avant,

quelles que soient les positions des autres organes, — on comprendra

la valeur de cette position quand on aura pris connaissance des quelques idées générales sur la morphologie de l’Acéphale qu’on trouvera à la fin du travail. —

L’anus doit toujours être plus ou moins en bas et en arrière : dès lors les côtés droit. gauche, antérieur, postérieur, le haut et le bas du corps se définissent d’eux-même.

Jamais, je crois, je n'ai publié l'histoire d’un animal surtout d’un Acéphale sans au préalable avoir dit comment je le posais. Toujours, J'ai supposé, comme ici, la bouche, qui représente la tête, en haut et regardant en avant.

Vouloir poser les êtres dans la situation où ils vivent est un point de départ qui conduit directement à la confusion.

Jai souvent cité l'exemple des Echinodermes : l'Oursin et l’Astérie ont leur bouche en bas, posée contre le sol qui les porte: l'Holothurie marche horizontalement la bouche en avant, et la Comatule est renversée; par rapport à l'Etoile et à l’Oursin, cette dernière a doné la bouche en haut. Comment homologuer clairement les parties de ces animaux, si l’on considère leur position pendant leur vie?

Toute difficulté disparaît quand invariablement on place la tête, où ce qui la représente, en haut et regardant en avant.

Que l’on compare le Kangouroo, l'Homme et l’'Hippopotame? l’on aura des termes de valeur différente si on les laisse dans leur position naturelle. Je sais bien, qu'il paraîtra étrange de supposer le Pachyderme dressé sur ses membres postérieurs, mais pourquoi représenter couchés l'Homme et les Marsupiaux? Dans les Mollusques, ces renversements sont incessants. C’est chez eux qu'il est bon de fixer une situation absolue et générale. Pourquoi représenter les uns horizontaux, les autres renversés, verticaux ou normalement redressés? Pourquoi les coquilles des Gastéropodes sont-elles, dans presque tous les ouvrages, renversées et présentées l’ouverture en bas ?

Tous mes travaux anatomiques ont été faits dans un même ordre

d'idées, et je ne puis que continuer dans cette voie,

Aussi dois-je prévenir les lecteurs qui voudront comparer l'étude présente avec celle de MM. les Prof. VAaiLLANT Où GROBBEN qu'ils éprouveront quelques difficultés ; les termes et les désignations rela-

tives à la position des organes ne se correspondant pas.

— Il est encore besoin de donner quelques explications afin d'éviter tout équivoque.

Dans son ouvrage sur les Acéphales de l'Algérie, DEsHAYES pose sur ses planches les coquilles et les animaux comme il vient d’être dit. Mais, ses planches, d’une incomparable beauté, sont accompagnées d’un texte qui renferme des descriptions bien étranges et des. indications anatomiques qu’il est impossible d'accepter.

Sans doute, DesnAyEs à placé lanimal la bouche en haut, mais dans ses descriptions il ne tient pas compte de la chose et, par exemple, page 83 de la description des Mollusques de PAlgérie, il dit formellement à propos de la Pholade : « L'animal est en forme de massue, il va se rétrécissant d'avant en arrière ; toute l’extrémité antérieure est contenue dans la coquille, la postérieure, formée par les siphons. ne peut y rentrer qu’en partie. »

ILest bien évident que cette description n'indique pas une fidélité absolue à un plan fixe de description. De même, dans le volume I (4e partie, page 276, introduction) je relève le passage suivant qu'il est utile de citer :

« Pour rendre facile à comprendre les courtes descriptions des diverses parties des Conchifères, dit l’auteur, il nous semble nécessaire d'indiquer de quelle manière l'animal doit être posé pour être convenablement observé. On suppose l'animal marchant devant l'observateur el compris entre huit plans auxquels on rapporte les diverses parties, La tête ou l'ouverture buccale indique l’extrémité antérieure de Panimal; cette extrémitée dirigée en avant, son extrémité postérieure dirigée en arrière, Le dos correspond aù plan supérieur, le ventre et le pied au plan inférieur, et les flancs de l'animal correspon-

dant aux faces latérales, dont l’un est à droite, l’autre est à gauche. »

MORPHOLOGIE DE TRIDACNA ELONGATA. ait Dans un travail présenté à l'académie et sur lequel en quelques occasions j'ai dû revenir, j'ai beaucoup insisté sur les rapports du

tube digestif et des muscles adducteurs chez les Acéphales.

On doit schématiser l'organe de la digestion et le considérer comme

un tube courbé en arc de cercle, dont une extrémité, la buccale, est en dessous de l’adducteur supérieur et l’autre, l'anale, au-dessous de ladducteur inférieur.

Ce dernier musele est celui qui persiste quand des avortements se produisent. L’Arrosoir est l’un des très rares exemples dans lequel les deux museles disparaissent.

Quand donc, il n'existe que le muscle adducteur inférieur (celui que le plus souvent on trouve désigné dans les ouvrages par l’épithète de postérieur), il est enfermé dans la concavité du tube digestif représenté schématiquement, comme il vient d’être dit, par un arc de cercle.

Depuis bien longtemps, j'ai comparé à la bosse antérieure de polichinelle, la masse des viscères qui se porte en avant et fait saillie comme dans les Pecten, dans les parties situées en avant du muscle adducteur inférieur. Dans le Taret, cette bosse descend très bas en dessous des valves de la coquille. Dans son intérieur, comme dans la plupartdes Acéphales, le tube digestif, au-dessous de estomac, décrit des circonvolutions très variées de forme, de grandeur, de direction, puis remonte, pour passer au-dessus et enfin, en arrière du muscle inférieur.

Cette loi que j'ai formulée, il y a longtemps. dans une communication à l’Académie des Sciences, m'a permis de fixer positivement la nature du gros muscle adducteur unissant les petites valves de la coquille du Taret. C’est, d'ailleurs, ce que M. MexgGaur croit avoit découvert (voir sa thèse, article du Taret) dans un travail beaucoup plus récent.

— [ne suffit pas d’avoir placé un Acéphale dans uñe position où la bouche et l’anus occupent la situation que je leur assigne. Il faut

continuer à employer les termes indiquant la méthode adoptée, Or,

ST

si je n'ai rien publié sur les Mollusques qui n'ait eu pour point de départ la position de l’animal telle que je viens de la rappeler, nous avons vu plus haut que Deshaves, dans son Wanuel de Conchyliologie, place différemment les animaux dans le texte et dans les dessins I n’est pas le seul, on va le voir.

GRoBBex, en rappelant la position que PEcsexrER donne à la Tridacne, dit que l’auteur belge pose les Acéphales, en tenant compte de la position de la bouche et de l'anus.

La figure donnée dans l'introduction à la malacologie semble, en effet, l'indiquer, elle montre Fanimal vu par le côté gauche, et la situation est semblable à celle que j'ai donnée dans tous mes travaux, bien antérieurs à la publication de l'introduction à la malacologie.

Comme il est assez rare que l’auteur belge partage mes opinions, je me fais un plaisir de constater qu'en orientant ainsi la Tridaene dans une figure bien simple et qui ne semble guère être qu'un schéma accompagné d’une description succincte f, il a suivi et imité la méthode que j'ai toujours conseillée, pour cet animal du moins. Pourtant, je crains que ce ne soit qu'une rencontre fortuite, car, 11 n'indique nulle part, quelle position il assigne aux animaux et l'on trouve dans le même ouvrage plusieurs figures dans la situation figurée par De

Blainville et Deshayes.

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