I. Le Sens de la mort
elle n'a aucun prix ; cWv ii)ar({ue unr pi rie, une perle souvent lamentable et proloiule, lorsqu'elle l'auche dans leur (leur tles existences jeunes et qui promettaient d'iMre fécondes; la mort comme telle ne sert à rien, n'étant que destruction, et elle ne i)roduit rien. Le vrai sacriliee, la véritable action sacrée, n'est pas dans la mort, mais dans le dévouement, et c'est le dévouement j^énéreux avec lequel on risque sa vie qui est ellicace, c'est lui qui est fécond. C'est ])0ur la patrie que l'on s'expose, à elle que l'on se donne, à elle que l'on consacre sa vie, au risque de la perilre.
A quoi bon rajjctisser ce dévouement simple et réel, réalisé sous nos yeux, pour le ramènera l'idée d'un petit marché s[)irituel qui ne pourrait être, au jugement le plus favorable, qu'une forme très particulière de dévotion, non la loi et la pratique communes de l'Ég^lise eatholiiiue ? Car c'est le romancier, ce n'est pas rKi;lise, ijui re[)résente ainsi la mort, pour en faire, en dei)it du bon sens, une sorte d'immolation volontaire qui s'appliquerait en manière d'indulgence, selon le gré du mourant, à la personne de son choix. Ce raflinement de mysticité, exceptionnel dans le calholicisme vivant, n'aurait jamais dû être allégué comme <loctrine générale de l'Église sur le sens de la mort. Selon le dogme traditionnel, la mort du Cihrist a seule par elle inùme une valeur rédemj)trice, parce que le Chnst n'était pas sujet à la mort, ci «[u'il l'a subie volontairement pour
— Sole rachat de rhumaniié. Pour le commun des hommes, la mort, conséquence du péché, n'est qu'un passage de ce monde à l'éternité ; comme nul ne s'y peut soustraire, elle n'a par elle-même aucun mérite ; à proprement parler, le croyant ne pourrait offrir que sa résignation, et c'est ce que font les croyants qui ne raffinent pas sur la loi ; ils acceptent la mort comme une volonté du Dieu qui les appelle à lui, et ils n'en font point la matière d'une oblation solennelle . On pourrait donc renvoyer les nouveaux apologistes, non pas à la théologie, mais au catéchisme, où ils apprendraient, avant de la recommander, les rudiments de la loi qu'ils prônent.
11 est trop évident que la plupart des nôtres n'ont aucun besoin qu'on leur explique un mystère qui, pour eux, n'existe pas; ils savent bien qui fait appel à leur dévouement et pourquoi ils se donnent. Ils ont de la vie et de la mort une idée i^lus saine et plus solide que cette image bâtarde de la vieille foi. Ils emploient leur vie et ils l'exposent afin de préserver la liberté de leur pays, de sa tradition, l'avenir de leur loyer et de leur patrie. Ils ne se sacrifient pas à des intérêts matériels ni à un intérêt personnel. L'intérêt saurait bien calculer ; et les combinaisons ne manqueraient pas pour sauver l'intérêt matériel, sans l'honneur, et les souvenirs, et l'âme du pays. Dans une guerre nationale, on ne meurt pas pour un intérêt personnel, car le premier intérêt de
chacun serait de sauver sa lôte. L'univers n'est rien à qui perd la vie, ilit l'Kvangile. Kt ici s'accomplit en toute vérité la i)arole : « Qui i)crd sa vie la ^a^Mic, et (pii la gagne la i)erd » i), i)récisément [>arce (ju'il s'agit d'auti-c chose cpie d intérêt. L'idéal est penlu (juand la vie est sauvée par intéi'ét de conservatii^n i)crs()nnelle ; la vie perdue pour l'idéal est sauve quand l'iiléal est sauf; et l'idéal est sauf avec la patrie (jui le garde.
Dans leur naïve audace les nouveaux croyants s'attrihuent le inonoi)ule du savoir bien vivre et bien mourir. Ignorance invraisemblable de l'histoire passée, méconnaissance outrageante de la réalité présente, attitude de polémistes ipii s'adjugent la p(3sitic)n la plus avantageuse [)our leurs prétentions : Ton [)eut choisir entre ces hypothèses c»u les admettre toutes en même temps. Celle de l'artilice étanl la moins [)laisante à regarder, mieux vaut n'y [)oint insister, ([uoicjue sa part, en fait, puisse bien être, chez certains, assez coiisiilérable. Le privilège, que l'Ecriture attribue à Dieu, de sonder les cœurs et les reins, n'est pas autrement enviable, étant donné ce qu'il peut lin^ souvent dans le répertoire vivant des sentiments humains. Mais il reste quelque chose