‹ Mort de SocrateChapitre 35 sur 94 · LA PROVIDENCE A L'HOMME · texte numérisé non relu

LA PROVIDENCE A L'HOMME

Quoi ! le fils du néa^it a maudit l'existence ! Quoil tu peux m'accuser de mes propres bienfaits) Tu peux fermer tes yeux à la magnificence Des dons que je t'ai faits I

Tu n'étais pas encor, créature insensée.

Déjà de ton bonheur j'enfantais le dessein; Déjà, comme son fruit l'éternelle pensée Te portait dans son sein.

Oui, ton être futur vivait dans ma mémoire; Je préparais les temps selon ma volonté.

Enfin ce jour parut ; je dis : « Nais pour ma gloire Et ta félicité ! »

Tu naquis : ma tendresse, invisible et présente, Ne livra pas mon œuvre aux chances du hasard ; J'échauffai de tes sens la sève languissante Des feux de mon regard.

D'un lait mystérieux je remplis la mamelle ; Tu t'enivras sans peine à ces sources d'amour. III. 4

5o MÉDITATIONS POETIQUES

J'affermis les ressorts, j'arrondis la prunelle Où se peignit le jour.

Ton âme, quelque temps par les sens éclipsée, Comme tes yeux au jour, s'ouvrit à la raison : Tu pensas; la parole acheva ta pensée.

Et j'y gravai mon nom.

En quel éclatant caractère

Ce grand nom s'offrit à tes yeux !

Tu vis ma bonté sur la terre,

Tu lus ma grandeur dans les cieux !

L'ordre était mon intelligence ;

La nature, ma providence;

L'espace, mon immensité!

Et, de mon être ombre altérée,

Le temps te peignit ma durée,

Et le destin, ma volonté !

Tu m'adoras dans ma puissance.

Tu me bénis dans ton bonheur.

Et tu marchas en ma présence Dans la simplicité du cœur; Mais aujourd'hui que l'infortune A couvert d'une ombre importune Ces vives clartés du réveil.

Ta voix m'interroge et me blâme, Le nuage couvre ton âme.

Et tu ne croîs plus au soleil.

LA PROVIDENCE A LHOMME 5i

« Non, tu n'es plus qu'un grand problème

Que le sort offre à la raison ;

Si ce monde était ton emblème,

Ce monde serait juste et bon. »

Arrête, orgueilleuse pensée!

A la loi que je t'ai tracée

Tu prétends comparer ma loi ?

Connais leur différence auguste :

Tu n'as qu'un jour pour être juste ;

J'ai l'éternité devant moi I

Quand les voiles de ma sagesse A tes yeux seront abattus, Ces maux dont gémit ta faiblesse Seront transformés en vertus.

De ces obscurités cessantes Tu verras sortir triomphantes Ma justice et ta liberté :

C'est la flamme qui purifie Le creuset divin où la vie Se change en immortalité !

Mais ton cœur endurci doute et murmure encore :

Ce jour ne suffit pas à tes yeux révoltés,

Et dans la nuit des sens tu voudrais voir éclore

De l'éternelle aurore

Les célestes clartés !

Attends; ce demi-jour, mêlé d'une ombre obscure, Suffit pour te guider en ce terrestre lieu :

5a MÉDITATIONS POÉTIQUES

Regarde qui je suis, et marche sans murmure, Comme fait la nature Sur la foi de son Dieu.

La terre ne sait pas la loi qui la féconde ; L'Océan, refoulé sous mon bras tout-puissant, Sait-il comment, au gré du nocturne croissant,

De sa prison profonde

La mer vomit son onde.

Et des bords qu'elle inonde

Recule en mugissant?

Ce soleil éclatant, ombre de ma lumière, Sait-il où le conduit le signe de ma main?

S'est-il tracé lui-même un glorieux chemin ?

Au bout de sa carrière.

Quand j'éteins sa lumière.

Promet-il à la terre

Le soleil de demain?

Cependant tout subsiste et marche en assurance. Ma voix chaque matin réveille l'univers; J'appelle le soleil du fond de ses déserts :

Franchissant la distance.

Il monte en ma présence,

Me répond, et s'élance

, Sur le trône des airs !

Et toi, dont mon souffle est la vie.

Toi, sur qui mes yeux sont ouverts.

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