SCÈNE IV
Thérèse, Claudine, Babon, puis Ombredane
Thérèse et Claudine restent d'abord silencieuses.— Thérèse continue son ouvrage. Claudine, tenant du linge dans les mains, reste les yeux fixés sur la porte.
THÉRÈSE
A quoi songes-tu ?
CLAUDINE (rêveuse).
C'est vrai que nous devrions tous être contents!...
Ombredane entre par le jardin.
OMBREDANK (à Claudine).
Maîtresse ! Maîtresse ! Le vieux est rentré ! Votre homme, oui !..Grèche, quoi ! — Bon Dieu, que j'ai eu peur!... Heureusement, il n'a pas ouvert la porte... « Claudine est-elle là ?» qu'il m'a dit. Je n'ai pas eu la force de lui répondre; mes dents étaient collées. Mais j'ai bravement remué la tête, comme çà, de l'air de dire :
« Bien sûr qu'elle est là ! » II est parti. Il n'était pas seul ; il y avait avec lui une espèce de vieux, un drôle de bonhomme que je ne connais pas... et cependant, si... il me semble que je l'ai déjà rencontré quelque part. Ils avaient l'air de venir ensemble de ce côté. Aussitôt j'ai filé et j'ai pris au court, pour vous prévenir.
Rentrez vite, not'dame, rentrez vite! sans ça, gare à vos cheveux et gare à mes oreilles !
Moi, je me sauve par là...
Il passe par le fond.
CLAUDINE
Au revoir! S'il m'aperçoit, je suis perdue!
THÉRÈSE (Prenant son manteau et le tendant à Claudine).
Prends ceci, tiens, et cache ta figure en marchant. — Pauvre petite!
CLAUDINE
Oh! je le sens bien... S'il trouve une occasion, il fera la fin de moi... (Elle embrasse
rapidement Thérèse et s'en va par le jardin. — Près de l'avoir traversé, elle s'arrête en entendant du bruit et
recule...) Mon Dieu ! le voilà !... II est trop tard pour passer... Je vais me cacher derrière ces arbres.
Elle disparaît derrière une haie. Entrent Crèche et, un peu derrière lui, Hagon, déguisé en montagnard, portant un sac sur son dos.