SCÈNE VI Les Précédents, Hagon
HAGON
Ne fuyez pas et laissez vos armes. Je ne viens pas combattre; je suis seul avec ces deux hommes.
OMBREDANE
Cest lui, le seigneur de la forêt !
GRÉCHE (à part).
S'il me voit et s'il parle, je suis perdu !
Il se dissimule derrière les autres.
HAGON (s'avançant seul).
Vous avez parmi vous un des nôtres, celui que vous nommez Laurent. Qu'avezvous fait de lui? Livrez-le moi, et votre vie sera épargnée. On vous laissera partir avec vos ménages, vos biens et vos troupeaux, et vous irez vous établir par delà ces sommets dans le pays voisin où les eaux coulent vers une autre mer.
On nous chassera de notre montagne ! — Et si nous ne te donnons pas celui que tu réclames ?
HAGON
Ce soir même, une armée toute prête à marcher et n'attendant qu'un signe de moi, sortira de la ville, escaladera ces pentes et viendra achever votre destruction. Pas un de vous ne trouvera grâce ; vos maisons seront rasées, les enfants même massacrés jusqu'au dernier. Et puisque vous vous êtes jetés sur nous comme des loups affamés, vous serez traités comme un troupeau de loups !
CLAGAN
Faut-il supporter ces menaces?
LONGÈNE
Nous y sommes forcés. — Ce n'est pas à nous de te donner une réponse. Il faut que notre chef t'entende, d'abord, et parle.
HAGON
Où est-il?
LONGÈNE
Dans sa maison, là...
Un de vous peut-il lui dire qu'il sorte?
LONGÈNE
En ce moment personne n'oserait !
Ils regardent tous, de nouveau, la maison.
OMBREDANE
Il faut que j'essaye de voir quelque chose.
11 s'approche de la fenêtre et se dresse sur la pointe des pieds, pour regarder dans l'intérieur de la maison.
LA FEMME DE CLAGAN
Hé bien?
PRUNETTE
Qu'est-ce que tu vois ?
OMBREDANE
Rien... Attendez. C'est tout noir, (ii examine
avec plus d'attention. Tout à coup, il pousse un grand
cri d'effroi). Ah!... (Il s'éloigne précipitamment de la maison , le visage défait. Tous ceux qui s'étaient approchés reculent).