‹ Morts et vivantsChapitre 7 sur 15 · H. TAINE · texte numérisé non relu

H. TAINE

sion souvent admirable, toutes sortes de facultés des plus diverses et que j'aurais bien de la peine à ramener, de bonne foi, sous tous les rapports, à une seule faculté maîtresse, à un seul terme irréductible. Mais jamais il ne se départ de son ai'mature de fer : le syllogisme appliqué à la critique. 11 porte aussi légèrement que possi])le cette pesante armure, et pourtant on souffre de Ty voir emprisonné. Quelle gêne volontaire s^est imposée ce libre et vaillant esprit, prime-sautier et original ! Malgré lui elle donne parfois à sa manière je ne sais quoi de dur, de sec et de scolastique. Toujours le même procédé, le même moule de critique, dont il ne rachète Tuniformité que par des ressources extraordinaires de talent puisées dans la nature la plus ondoyante, la plus riche, la plus variée qui puisse justement contrarier son rêve d^nité et de nécessité. Qu^il s'agisse de Saint-Simon, de Fléchier, de Thackeray, de Balzac, il opérera toujours de la même manière. Il était de tel pays, de telle race, de tel siècle. 11 a subi telles influences, telles crises, il a sous les yeux tel spectacle, il devait être cela. Et partout des effets et des causes , des modifications nécessaires , une machine organisée. Ainsi je trouve dans les Essais un chapitre remarquable sur M. Michèle! : M. Taine

décrit h merveille la sensibilité exaltée, fiévreuse, conviilsive, Tàme ardente et enfantine de cet écrivain fougueux, ailé et éblouissant, frère des oiseaux qu'il a chantés. De la sensibilité, faculté dominante, il déduit ingénieusement toutes les autres qualités de Fauteur, jusqu'à la plus éloignée en apparence : l'érudition. On est sous le charme de ce portrait vivant, et on se laisse aller à cette dialectique animée. Mais voici que Tanalyste préfend nous expliquer, pour fmir, le mécanisme des affirmations de M, Michelet, et ce mécanisme^ il l'a trouvé dans l'incessante tension de sa machine nerveuse. Ainsi le brillant critique finit par s'étrangler dans l'étau de son système, et l'on s'y sent étouffer avec lui. De grâce, un peu d'air, un peu d'âme, un peu moins de mécanisme et de machines, et un peu plus de volonté et de liberté !

Maintenant que nous avons fait le procès à la doctrine métaphysique de M. Taine et à sa méthode de critique dans ce qu'elle a d'exorbitant, disons ce que cette méthode a de bon. Ce sera une antinomie accordée à l'ombre de Hegel. 1/ analyse naturelle et l'analyse logique sont assurément des éléments essentiels de toute bonne critique, et M. Taine n'a que le tort de s'y renfermer exclusivement sans vouloir s'élever au-

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