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dessus. Mais sa critique est une réaction heureuse contre la critique didactique et banale, contre la règle étroite, l'idéal de convention, Tadmiration routinière et la connaissance superficielle. Le scalpel de l'opérateur philosophe produit des écorchés superbes^ des sujets merveilleusement fouillés. Ses personnages, étudiés dans leur cadre naturel, expliqués et éclairés en détail, confrontés avec les événements , déduits de mille circonstances, fournissent à la critique des aperçus inattendus et des motifs nouveaux de jugement. Ainsi nous sont apparus, tels grandis sans mesure et tels diminués, mais très-vivants et comme refondus à nouveau , Shakspeare , Racine , Saint-Simon , Balzac. L'intérêt rajeunit et se renouvelle là où il semblait épuisé.
Disons-le d'ailleurs : en apportant dans la critique littéraire cette libre et curieuse enquête, cette analyse savante , cette recherche des eJDfets et des causes , M. Taine y continue à sa manière, bien qu'en l'outrant^ le mouvement si fécond que MM. Guizot, Augustin Thierry, Michclet, ont imprimé de nos jours à la critique historique, et que M. Renan est en train de poursuivre avec tant d'éclat dans la critique religieuse. A ce titre, tout en maintenant nos réserves, les hardis
Essais de M. Taine compteront parmi les travaux dont s'honorera ce temps-ci.
Le public a accueilli avec la plus vive sympathie les premiers écrits de notre jeune et brillant collaborateur. Ce mélange de précision et de hardiesse, de foi'ce et d'imagination^, forme un tout d'une séduction certaine. L'intérêt est plus grand quand on sait que, pliant sous des travaux prématurés et excessifs, sous le poids de la pensée accumulée et concentrée dans un temps, hélas ! mauvais pour la pensée, l'auteur des Essais de critique est obligé aujourd'hui de s'arrêter en pleine veine, en plein succès. Ce ne sera qu'une courte pause, espérons-le. Quand la Faculté lui permettra de leprendre la plume, tout ce que nous lui conseillons, dans l'intérêt de ses admirateurs, et justement pour se défatiguer lui-même, c'est de détendre un peu la roideur scientifique de sa méthode, au moins en ce qui touche les hommes et les choses purement littéraires; c'est de briser, en persistant dans ses savantes analyses, sa forme syllogistique, moule uniforme et à la longue accablant où il couche et emprisonne ses sujets. Qu'il dissimule un peu sa logique et sa préoccupation de système philosophique. Nous ne lui disons pas d'en changer. Il ne nous écouterait pas. Et cependant le
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jeune critique lui-mèmo paraît quelque part, sinon regretter la voie où il s'est engagé, au moins la suivre douloureusement et porter son système philosophique comme une croix. Dans cet article sur M. Michelet dont nous avons parlé, on lit cette phrase : « La sensibilité de M. Michelet lui met devant les yeux une beauté idéale, souffrante, passionnée, tendre, au souriie terrible ou gracieux, parfois divin, mais maladive et boiteuse. Heureux pourtant ceux qui en ont une, ajoute M. Tainc, ceux qui peuvent y croire et qui n'ont pas perdu leur foi première en étudiant le mécanisme de l'admiration! » Il y a un aveu dans* cette amertume : c'est que si le système de M. Taine est logique, il n'est pas consolant. Oui, M. ïaine a raison : heureux ceux qui ont une beauté, vme idéalité intérieure à laquelle ils croient et qui les enflamme î Ce n'est pas sans souffrir qu'un noble esprit peut jeter la sienne, la fleur de son àme , dans l'abîme sans fond du panthéisme hégélien.
Mars 1859.
VO LTA I RE.