LE ROI VOLTAIRE, PAR M. ARSENE HOUSSAYE
Voltaire ressuscite. Pour le diffamer ou pour le glorifier^ de tous côtés on Févoque, parfois de la manière la plus étrange.
Je demandais Fautre jour des nouvelles du libraire X...à un de ses confrères. Il me dit que le commerce de celui-ci allait assez mal, parce qu^il négligeait ses affaires pour évoquer des esprits. « Mais, observai -je naturellement, c'est le métier d'un bon libraire d'évoquer des esprits, et tous les libraires devraient en faire autant. — Vous ne m'entendez pas, X... est tombé dans la manie à la mode. C'est un émule de M. Hume. — Ah! cela est bien différent. Et quels esprits X... évoque-t-il ? — Présentement il a de longues conversations chaque jour avec Piousseau et Voltaire. — J'en félicite Voltaire et Rousseau. Il paraît que Voltaire a
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(les loisirs dans l'autre monde, cl que Uousseau n'esl plus un sauvage. — X... pourra vous donner tout au long de leurs nouvelles. Il dit qu'ils sont bien malheureux, qu'ils errent entre ciel et terre, sans fin ni trêve, sans trouver nulle part ni repos ni asile, et qu'ils gémissent amèrement de leurs erreurs. » Je ne pus m'empêcher de m'écrier : Dites à votre confrère qu'il est un impertinent et un sot. Est-ce que d'abord la plus vulgaire reconnaissance ne lui prescrivait pas de faire un meilleur sort à ces grands écrivains, qui ont fait, eux, la fortune des libraires pendant leur vie et après leur mort, et dont les œuvres plus en vogue quejamais entrent dans ses profits de chaque année? Mais il est bien plus encore leur obligé. Car s'il évoque impunément des esprits, sans crainte de passer pour sorcier, sans avoir à redouter le bûcher ou la roue et sans rien braver que le ridicule, c'est à ces grands talents, à ces grands courages du dix-huitième siècle, à ces précurseurs de la Révolution française, et surtout à Voltaire, qu'il le doit.
En y réfléchissant pourtant, je vis que j'avais eu tort de me fâcher. X... n'était pas si coupable. Errer sans repos entre ciel et terre, entre la persécution et la gloire, entre les apothéoses et les gémonies, prisonnier,
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exilé, couronné, est-ce que cela ii^apas élé toute la vie de Voltaire et aussi la vie de sa mémoire depuis qu^il est mort? Le bruit que fait sa renommée est composé d^imprécations autant que de louanges. On Tadore et on le hait, et Famom* des uns s^accroît de la haine des autres. Voltaire est un courtisan! Voltaire est un roi ! Voltaire est un démon ! Voltaire est un dieu ! et sa cendre est incessamment agitée entre le ciel et Penfer.
Une chose heureusement reste hors de contestation, c^est le génie de Voltaire. Il contraint Fadmiration de ses plus implacables ennemis. « Comment, s^'écrie de Maistre, vous peindrai-je ce qu'il me fait éprouver? Quand je vois ce qu'il pouvait faire et ce qu'il a fait, ses inimitables talents ne m'inspirent plus qu'une espèce de rage sainte qui n'a plus de nom. Suspendu entre l'admiration et l'horreur, quelquefois je voudrais
lui élever une statue par la main du bourreau. »
Quel hommage, cette imprécation ! Je ne voudrais pas en retrancher le bourreau, qui est, comme on sait, la clef de Aoûte de la société d'après de Maistre et ne devait pas être une antithèse cherchée sous la plume de l'auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg. Il n'était pas étonnant qu'il fût animé contre Voltaire de cette sainte
rage de rame que Voltaire connaissait bien, et (lu'il avait appelée, lui, «fanatisme. »
Mais quoi ! ne fera-t-on jamais bonne et impartiale justice à Voltaire, à celui pour qui la justice fut une passion? Cette équité est-elle si difficile? est-elle impossible ? Je ne crois pas en tout cas que le moment en soit venu. La guerre dure encore, si elle n'est pas irréconciliable, enlre les fils des croisés et les fils de Voltaire, pour me seiAir d^me expression de M. de Montalembert heureusement rapportée par M. A. Houssayc. Or comment trouver dans la lutte assez de calme pour la justice?
La lutte, ii^'est-ce pas aussi Pexcuse des torts et des erreurs de Voltaire, si Ton veut se résoudre à le considérer, sinon sans passion, au moins de bonne foi? Sa vie fut une guerre ; Tardeur du combat, les besoins de cette guerre sans traité ni trêve ont parfois égaré ses coups et l'ont fait sortir, qui en doute ? des limites de la raison et de la justice. Mais c'est pour la raison et la justice qu'il combattait. 11 ne faut pas voir le détail de son œuvre ; il faut en voir l'ensemble. Lui-même avait dit : «Il ne faut pas examiner tout ce que j'ai dit, mais ce que j'ai pensé. » L'Église ne peut lui pardonner ses attaques. Que les âmes pieuses elles-mêmes ce-
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pendant n'oublient pas que ce qu'il attaquait dans TEglise c'était la source sacrée des abus, prétendus de droit divin contre lesquels il opposait les droits de l'humanité^ et les titres imprescriptibles que venait de retrouver avec lui Montesquieu. Ce qu'il attaquait au fond, ce n'était pas le christianisme; au contraire, c'était l'infraction aux principes les plus élémentaires de la charité chrétienne^ c'étaient les guerres de religion, les tortures, les auto-da-fé, la Saint-Barthélémy, les dragonnades, le poignard de Ravaillac, la révocation de l'édit de Nantes, l'assassinat juridique, commis, sous ses yeux, de Calas et de La Barre, tout ce qui a souillé la religion et profané insolemment le nom de f
Dieu. C'est contre les persécutions qu'il s'est armé en guerre, et qu'après avoir écrit contre une des plus cruelles, la Ligue, un poëme vengeur, il créa dans toute l'Europe la ligue de la raison et de la tolérance. Que mettre à la place de ce qu'il a détruit? dit-on souvent. Tl a répondu lui-même i « Je vous ai délivré d'une hôte féroce, et vous demandez quoi mettre à la place ! » Sans doute la religion innocente et la foi naïve ont reçu plus d'un choc dans les luttes de Voltaire ; il n'en voulait néanmoins qu'aux préjugés, qu^à l'oppression et qu'à l'iniquité. Et sous ce rapport, il est impossible de
jie pas trouver dans son œuvre ([uelque chose de vraiment évangélique.
Il faut n^avoir lu que les mandements des évêques contre lui ou les diatribes de ses plus ignorants adversaires pour en faire un athée, comme on Fa si souvent dit, répété et propagé. Il s'est séparé sur ce point de la plupart des encyclopédistes. En dépit des Lamettrie, des Grimm, des d'Holbach et de leurs railleries, il n'a pas cessé de maintenir la notion d'un Dieu créateur, tout-puissant pour la vertu et contre le crime. « Le patriarche, écrivait Grimm, ne veut pas se départir de son rémunérateur vengeur. » Mais n'a-t-il pas laissé sa foi confessée dans ce beau vers :
Si Dieu n'existait pas, il faudrait Tinvenler.
Ne l'a-t-il pas résumée dans cette bénédiction au petitfils de Franklin : « Dieu et la liberté ? »
Comment Voltaire n'aurait-il pas cru à Dieu? C'est le philosophe du bon sens et de l'évidence ; non pas du bon sens de d'Holbach, car on confond volontiers, et tiop commodément, tous les philosophes du xvni^ siècle. En tête d'un exemplaire du livre de ce célèbre athée, il écrivait : « D'Holbach prend quelquefois ses cinq
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sens pour du bon sens. » Ou trouve, il est vrai, en consultant les écrits philosophiques de Voltaire^ quil partageait sur la matière et sur l'âme l'opinion de Locke. Il croyait que la matière peut être douée de pensée par un don de Dieu^ et que Tàme est plutôt un atome indivisible qu'une substance immatérielle. Il croyait cela, et cependant il était spiritualiste ; car il accordait à cet atome, avec la pensée, la liberté, la connaissance de Dieu et de la loi morale. Cette loi morale, il l'avait rédigée en un seul mot : la justice.
Qu'on soit juste, il suffit; le reste est arbitraire.
Et dans le fait, qu'a-t-on trouvé de mieux que la justice ? La justice renfermela charité, si l'on y regarde bien, ou plutôt si on en porte dans son cœur l'amour et la flamme qui brûlaient le cœur de Voltaire. Ah ! quel apôtre elle eut en lui ! Quelle tendresse pour les malheureuses victimes des abus, des préjugés, de l'injustice, du fanatisme ! C'était peu d'avoir consacré trois ans de son existence à ressusciter l'honneur de Calas ; il semblait vraiment que les opprimés de tous les siècles, lui eussent remis leurs injures à venger. Au milieu d'erreurs passagères, au milieu des entraînements de
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la colère ot des excès de ramour-piopie, cette passion de la justice donne Tunité à son œuvre connue à sa vie. Dans ses tragédies d une éloquence un peu artificielle, où il essaye de rendre la philosophie pathétique, dans ses histoires et dans cette histoire magnilique des progrès de la raison sur les préjugés : V Essai sur les mœurs; dans ses romans inimitables et sans modèle^ où il ne semble pas seulement avoir créé un genre, mais avoir inventé Pesprit, dans ses brochures, dans ses épîtres, ses lettres, dans toute son œuvre entin, la seule Encyclopédie du xvni* siècle qu'on puisse lire encore tout entière, œuvre immense où ce génie avide semble avoir réalisé en littérature le rêve de la monarchie universelle, partout, qu'il raille, ou s'attendrisse, ou s'indigne, il parle au nom de la justice. C'est son premier, c'est son dernier mot. « Je meurs content, dit-il, quand' il apprend sur son lit d'agonie la réhabilitation de Lalli. Je vois que le roi aime la justice. » Il mourut avec la conscience de la bonté de son œuvre.
J'ai fait un peu de bien, c'est mon meilleur ouvrage.
C'était trop peu dire. vSa libre pensée avait réussi uiilre le Iknatisinc et les abus sociaux, comme Des-
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cartes contre le fanatisme de la routine philosophique. 11 avait fait un peu de mal peut-être, mais certainement beaucoup de bien. — 11 avait fait la préface de la révolution de 1789.
Quelle entreprise de raconter en détail cette vie, cette œuvre et cette influence de Voltaire ! Ce n'est pas une statue par la main du bourreau, ce n'est qu'une jolie statuette par la main d'un ami que M. Arsène Houssaye élève à ce dictateur de l'esprit. Je mentirais si je disais que c'est la plume qu'il fallait. M. Arsène Houssaye, un homme de lettres qui a su faire sa fortune comme Voltaire, est un bel esprit fm et souriant, cousin des plus jolis plutôt que des grands littérateurs du xvni^ siècle, héritier des Favart et des Marivaux plutôt que des Voltaire, des Rousseau et des Montesquieu. Humoriste et paradoxal, ses paradoxes ne sont pas des contre-vérités, ni même des contre-opinions, mais un certain fard, un certain apprêt ingénieux dont il prétend embellir la vérité elle-même. Il sait tous les secrets de la grâce raffinée, il ignore la simplicité. On peut dire de lui ce que Voltaire disait de Marivaux : (( 11 connaît tous les petits sentiers qui mènent au cœur, mais il ignore la grand'route. » Le mot lui va d'autant mieux que M. Arsène Houssaye est justement
l'aulcMir (les Sentiers pertlus^ un volume de* poésies qui a comiiKMU'é sa léputalion el où ii a fait valoir ses meilleures qualités de poêle, les ressources les plus brillautes de sa fantaisie émue et de sa grâce ingénieuse.
« Ne Toyez dans ce livre, écrit-il en terminant sa préface du Roi Voltaire, que le sentiment d^un poëte sur une philosophie qui a renouvelé le monde, et Tadmiration d^un homme pour un homme qui a fondé la royauté de Tesprit humain. Mais je n^en suis pas plus voltairien pour cela, car je suis de ceux qui pensent que le meilleur de l'esprit humain c'est encore l'esprit divin. » Cela doit signitier sans doute que M. Arsène Houssaye ne veut pas être jugé plus royaliste que son roi, plus voltairien que Voltaire.
Quant à nous, nous ne voyons dans le livre de M. Arsène Houssaye qu'une agréable suite à ces charmants pastels du xviii^ siècle Pliilosophes et Comédiennes qui sont dans toutes les mains. Sans doute l'auteur cette fois a visé plus haut ; il a eu la conscience de l'importance de son sujet ; il s'est donné toutes les peines du monde pour être sérieux, passionné, convaincu; il n'a pas voulu faire un Voltaire rose et gris, en pâte tendre ou en dessus de porte, et il ne l'a pas
. fait. Pourtant je crains bien qu'il ait réussi seulement à nous donner un joli Voltaire peint par Mignard. Malheureusement, comme on peut le voir par le jugement qu'il en a porté dans le Siècle de Louis XIV, ce n'est pas Mignard, quelque talent qu'il eût, que Voltaire eût choisi pour peintre. M. Arsène Houssaye s'est trop pris aux circonstances extérieures et anecdotiques de la vie de Voltaire, il ne s'est pas assez pénétré de son œuvre et de son âme. Parcourez cependant cette série de tableaux qui vous représentent successivement le jeune Voltaire à Paris entre la Bastille et l'exil, entre les premiers triomphes du poëte et les prernières aventures de l'amoureux; — Voltaire, au château de Cirey, mordant, comme dit M. Houssaye, à l'arbre de la science avec madame du Châtelet; — Voltaire à la cour de Berlin, là où il fut appelé pour la première fois par Frédéric II le roi Voltaire; — Voltaire, dans sa propre cour à Ferney; — enfin le retour de Voltaire à Paris et son apothéose. C'est une comédie bien menée et qui certainement vous divertira, comme ime des plus spirituelles pièces de M. Scribe au temps de sa belle jeunesse ; ce sont des tableaux de la vie de Voltaire qui rappellent justement les panneaux peints dans le salon de l'illustre académicien, et qui représentent aussi.
(lit-on, les difîérontos phases de sa carrière et de ses succès. Ce qu'il y a de plus joli dans le livre de M. Houssaye, ce sont les chapitres qui ont trait aux aventures galantes de Voltaire. Celle qu'il eut avec madame de Livry est racontée non sans recherche, mais avec la plus fine gràce^ et un petit sourire tendre qui va trèsbien à M. Houssaye. Mais pourquoi reprocher un peu ingénument à Voltaire de n'avoir pas connu en amour une certaine mélancolie qui n'était pas encore inventée? (( La nature^ » s'écrie l'autem-j et c'est une expression qu'il affectionne et qu'on trouve beaucoup dans ses ouvrages, « la nature ne lui avait-elle jamais montré le pan de sa robe? » Que M. Arsène Houssaye me permette de le lui dire : il est, lui, un épicurien tempéré de mélancolie, et il regrette de ne pas trouver dans Voltaire ce qu'il a lui-même. Mais la sensibilité de Voltaire, pour être autre que la sienne, n'en était pas moins élevée pour cela. Cette sensibilité, elle s'exerçait sur l'humanité qu'il aurait voulu rendre heureuse et qu'il considérait dans la nature comme la plus intéressante des œuvres de Dieu.
îe ferai d'autres reproches à M. Arsène Houssaye, car c'est un galant homme, et il aime la critique. 11
parle trop peu des œuvres de Voltaire ; il leur consacre
à peine un chapitre en quelques pages. Cependant il trouve de la place pour prodiguer çà et là le sarcasme à la Henriade. 11 a tort ; si la Henriade n'est plus considérée comme un ouvrage à mettre en balance avec VÉnéide, si ce n^est pas un beau poëme, il ne faut pas oublier que c^ëtait une bonne action. Autre critique : M. Houssaye fait une généalogie à son roi Voltaire, et, dans cette généalogie, il y a bien des noms qu'on est étonné d'y trouver. Qui se serait douté que Moïse, Hésiode et César fussent les ancêtres de Voltaire? Dans la dynastie de Voltaire telle que l'auteur Rétablit, il y a des noms qui étonnent encore davantage. Tout le monde en est, à commencer par Napoléon et à finir par M. Houssaye lui-même, pour contenter tout le monde et ne faire de peine à personne. « Où n'est-il pas aujourd'hui, s'écrie -t-il, ce fanatique de la raison? Il conte avec Mérimée, il raille avec Karr, il se masque avec GozlaU;, il se moque de lui-même avec About. Je le sens là qui me tempère aux jours d^enthousiasme et me dit qu'il faut rire de presque tout. »
Mais assurément le plus grand défaut du livre de M. Houssaye, c'est de parler de Voltaire dans un style tout opposé et comme hostile à la prose si lumineuse, si claire, si naturelle de ce grand écrivain. Un jour
qu'une femme le félicitait gauchement de a ses phrases magnifiques. « Des phrases , Madame, des phrases! s'écria-t-il en colère, apprenez que je n'ai jamais fait une phrase de ma vie ! «Dans sa j)rosc^ en effet, on n'en trouve pas une seule. M. Houssayc pourrait-il en dire autant? La vieille critique, — elle était pointilleuse, mais elle avait du hon, — n'aurait pu s'empêcher de souligner des phrases telles que celles-ci :
« La marquise de Boufflers était la reine de la main gauche de ce roi sans royaume, Stanislas, qui avait donné sa fille à un royaume sans roi. »
c( Madame Denis, une vieille montre de la manufacture de Ferney qui ne marque plus l'heure de l'amour. »
(( Le pape lui-même lisait Voltaire, caché par l'éventail des Alpes. »
« Les philosophes du xvui^ siècle ont abandonné trop tôt le champ de bataille. Eux vivants, la révolution n'aurait pas eu d'échafaud. On aurait vu plus tôt la terre promise sans traverser la mer Rouge, »
Ce style tiguré dont on fait vanité
Sort du bon caraclère et de la vérité.
Ce n'est que jeu de mois, qu'affectalion pure.
Mais je ne veux pas renouveler contre M. Houssaye le commentaire un peu étroit de Voltaire contre Corneille, et c^est trop longtemps le tenir sur la sellette. D^ailleurs, à côté de ces minauderies et de ces fautes de goût, il faudrait, pour être juste, citer tout entières des pages vives, ingénieuses, charmantes. Le livre a le piquant d\me œuvre de fantaisie et d'imagination. Comme il est en définitive à la louange de Voltaire, il excitera la colère de certains journaux soi - disant religieux,
- Bons apôtres, De maudissons lardant leurs patenôtres^
et il n'en aura que plus de succès.
Cependant l'histoire de Voltaire est encore à faire. Ce qui a manqué à M. Houssaye pour l'achever, ce n'est pas l'esprit certes, ni le talent, mais, j'oserai le lui dire en terminant, c'est la conviction. Pour écrire une histoire de Voltaire, il faut cacher sous la raillerie et sous la grâce une foi ou au moins une opinion, et il ne faut pas se payer de vaines antithèses entre « l'esprit
humain et Fesprit divin. » Il faut être philosophe un peu plus qu'homme d'imagination. Avant tout, il faut savoir au juste ce que l'on veut et ce que Ton aime. M. Arsène Houssaye ne nous semble pas complètement fixé. 11 a des compliments pour la liberté, il en a pour le despotisme, pour la révélation et pour la religion naturelle; pour les philosophes, pour les comédiennes, pour le (piarante et unième académicien et pour les quarante autres; il goûte Tamour pur, il goûte aussi et aime à raconter les galanteries de la Régence et Tamour après souper ; il aime à soulever un pan de la robe de la nature ; il aime aussi à chiffonner les robes de soie Pompadour, et il a trop l'air de préférer à la lumière de la raison et de la vérité, à la belle lumière de Voltaire, le clair-obscur et le rêve dans les bois.
Juillet 1858.