‹ Morts royalesChapitre 7 sur 14 · ASSASSIN DU ROI · texte numérisé non relu

ASSASSIN DU ROI

Le lendemain, 20 avril, il subit le même supplice, à la place du Riddarholm, devant la statue de Gustave-Wasa.

Le troisième jour, 2 1 avril, on l'exposa également sur la place de l'Opéra, où il reçut les quinze derniers coups de verges ordonnés par l'arrêt de sa condamnation. On le reconduisit ensuite dans sa prison, et on lui accorda cinq jours de repos avant de terminer son supplice. Enfin, le 27, on le mena au lieu des exécutions, situé hors de la ville.

Une multitude de gens de toutes classes, accourue même des provinces les plus éloignées, suivit son triste cortège. Un peu avant le supplice, Anckarstroem se recueillit un moment, fit une dernière prière, regarda le ciel comme son suprême espoir, puis étendit courageusement le bras droit sur le billot ; d'un seul coup, le bourreau lui coupa

Gustave III

la main. Il eut ensuite la tête tranchée. Son corps fut divisé en quatre morceaux qu'on cloua à des pieux fichés en terre; on fixa sa tête à un poteau, et au-dessous, sa main, celle qui avait tenu Parme du crime, fut également attachée avec une inscription énonçant le nom du coupable et la cause de son supplice.

On laissa ces restes informes quelques jours exposés, et les oiseaux de proie en firent promptement justice ; mais la police les fit bientôt enlever, parce que le parti des mécontents, ayant fait du lieu du .supplice une sorte de pèlerinage, venait pro- , tester, par ses fréquentes et respectueuses visites, contre la mémoire du roi, et aussi contre l'arrêt qui avait condamné son assassin.

Et cependant tout ce sang versé devait être inutile, car, sous prétexte de délivrer sa patrie d'un tyran, Anckarstroëm venait de la plonger pour plus de vingt ans dans l'anarchie, les troubles et le désordre.

Les assassinats politiques ont à peu près tous produit ce même résultat. Le jour où les mécontents triomphent par le meurtre du prince qui gouverne, la partie saine du pays est dans le deuil et dans les

larmes ; la ruine arrive, l'anarchie règne partout, et il se passe souvent bien des années avant que le calme soit rétabli.

Qu'on ne dise donc pas que le seul amour de la patrie inspire de tels crimes ! La main irréfléchie qui les accomplit ne frappe jamais que par haine d'un seul. Aux yeux du meurtrier, c'était un tyran; sa mort en fait un martyr! Il ne s'est pas préoccupé des secousses et des désordres qui devaient la suivre, et pendant que les uns pleurent la victime, que les autres la célèbrent , et que tous voudraient la voir vivre encore, celui qui l'a frappée, qu'il se nomme Ravaillac, Anckarstroëm, Damiens, Fieschi, Louvel ou Orsini, s'en va à la postérité, éternellement flétri du nom d'assassin !

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