LA MALADIE EXPERIMENTALE
La morve peut être inoculée aux animaux d'espèce sensible, par toutes les voies, avec les cultures virulentes du bacille de la morve ou les matières infectantes. Nocarp, en 1894-1896, avait démontré que lPadministration buccale d'une petite quantité de culture mélangée à l'eau ou incluse dans un morceau de carotte ou de pain engendrait la morve chez le cheval. Chez les uns, les lésions étaient thoraciques, chez d’autres, elles se développaient aux glandes sous-maxillaires et sur la muqueuse nasale. Scnuerz (1898) faisant avaler au cheval une grande quantité de culture incluse dans de la gélatine, produisit non seulement des lésions au thorax, mais aussi au niveau du foie et des ganglions mésentériques. D’autres expériences faites per os chez le cheval démontrèrent que l’extension des lésions dépendait de la quantité du virus ingéré. Engendrer l'infection par la voie respiratoire est assez difficile, mais expérimentalement, l’inhalation du bacille de la morve produit des lésions des voies respiratoires, parfois absentes dans les cas normaux de la maladie expérimentale. L’inoculation sous-cutanée donne toujours la maladie, même à très pete dose. Marxer (1919) avait inoculé 1/250.000 d’une anse de culture sur gélose, qui produisit la morve fatale du cheval.
Chez l'âne. — L’infection peut être facilement produite à la suite d’inoculation de culture ou de produit pathologique par scarifications frontales. Cette méthode était d’ailleurs très couramment employée autrefois pour le diagnostic de la morve. Lorsque le matériel à inoculer est virulent, la mort survient 2 semaines après une maladie aiguë. Avec une souche bien virulente pour le cobaye, nous avons observé, chez âne, à la suit d’inoculation intracutanée une morve chronique du type farcin, ce qui démontre la possibilité de l'évolution chronique de la morve expérimentale chez l'âne.
Kémaz-DsÉMIL. 3
L’inoculation intra cutanée était employée aussi chez le chat et le chien dans le but de diagnostic.
Cobaye. — L'importance du cobaye comme animal de diagnostic pour la morve, a été signalée par Lœrrrer (1886). Cet animal prend l'infection par toutes les voies, même à la suite de scarification de l’épiderme.
Lœrrcer avait remarqué la localisation du microbe au niveau de l'appareil génital mâle, lorsque le microbe est inoculé dans le péritoine ; la nature de cette réaction fut minutieusement étudiée par Srraus en 1889. Mais l'étude complète de la morve expérimentale du cobaye est faite plus tard (1905-1907) par Maurice NiICOLLE.
A la suite de l’inoculation par la voie péritonéale, une réacüon inflammatoire caractéristique se localise aux organes génitaux du cobaye mâle; elle consiste en une tension large du sac scrotal due à la suppuration de la tunique vaginale.
Dans les cas typiques, cette tension devient apparente de 24 à 48 heures après l'introduction dans le péritoine des cultures du bacille de la morve ou des produits virulents; le volume des bourses dépasse celui d’une noix au 13-15° jour.
Les glandes testiculaires sont soudées dans le scrotum, et ne peuvent plus rentrer dans l'abdomen. L'animal devient de plus en plus maigre et meurt en 2 semaines environ. La durée de l'évolution est très variable et dépend de la qualité virulente et de la quantité de la matière inoculée. Il n’est pas rare que la mort survienne entre le 4° et le 5° jour.
Cette réaction des bourses peut n’apparaître qu'en 12 jours si les microbes inoculés ne sont pas assez virulents, les lésions scrotales s’ouvrent au dehors, éliminent leur contenu, et le sujet peut exceptionnellement survivre.
L'infection peut être obtenue avec une très petite dose de microbes virulents, comme celle de 1 millionième de cem° de culture en bouillon (Maurice NicoLe, 1906).
Etant donné la localisation du microbe à la séreuse couvrant les testicules, il a été suggéré que le mode d’inoculation in(rapéritonéale est un moyen excellent de diagnostic de la morve, bien entendu avec les produits non souillés. Maurice Nicozze a suivi de près l'évolution des microbes de la morve inoculés dans le péritoine, il a observé que ceux-ci se localisent d’abord à la