PATHOLOGIE CHEZ L'HOMME
La voie d'infection naturelle la plus fréquente est la peau, souvent aussi le dépôt sur les muqueuses; bien que dans certains cas la maladie ait été observée à la suite de l’ingestion de viandes et d'organes provenant d'animaux morveux et accidentellement des cultures du bacille de la morve.
L'infection par ingestion est relativement rare, puisque d’après une statistique de Rogix on note 15 cas seulement sur 156 cas de morve humaine. Lorsque l’origine de l'infection est la peau, un nodule gonflé apparaît à ce point et se développe en 2-6 jours avec infiltration des tissus environnants; cette lésion primitive prend un caractère malin en se transformant en ulcère au bord taillé à pic avec au début un écoulement clair, aqueux, qui devient ensuite épais, gluant, et strié de sang. En général ces lésions résistent aux traitements ; quelquefois elles guérissent en laissant à leur place une partie cicatricielle avec perte et altération du tissu.
Les os des régions voisines sont souvent attaqués, 1ls se nécrosent et présentent des anfractuosités. L’infection ne reste pas, dans la plupart des cas, localisée, et l’aggravation de l’état général annonce son extension aux organes internes. Les lésions de la peau, des tissus sous-cutanés du corps ne tardent pas à s’établir; les altérations suppuratives des cavités articulaires et des masses musculaires sont également observées, et le tableau clinique, dans ce cas, ressemble à celui d’une pyohémie maligne. La morve, chez l’homme, évolue comme celle du cheval au point de vue des lésions pulmonaires, que l'extension soit encore limitée ou généralisée. Les tubercules ne sont pas plus gros qu’un pois et dans les cas récents ils sont entourés d’une zone congestive ; ils peuvent s’amollir et fondre en formant une large surface de nécrose ou des abcès. La pleurésie de nature morveuse à été observée chez lPhomme. L’écoulement nasal et les ulcérations de
la muqueuse nasale n'existent pas toujours, lorsqu'ils sont établis ils peuvent être suivis par la perforation de la cloison, ou la destruction partielle des fosses nasales ou du palais, avec extension du processus de l’infection aux os du crâne. Le cours de la maladie est très variable, aussi bien dans ses manifestations que dans la durée. Si l'invasion est rapide, la maladie se termine par la mort en > à 6 semaines. D'autre part, il y a des formes qui durent pendant des années avec des recrudescences périodiques (1-5 ans); plusieurs cas de durée de 4-6 ans et un cas de 11 ans ont été signalés. Dans quelque cas, la maladie se déclare sans aucune manifestation locale; ici l'infection est probablement d’origine digestive et dans un cas, elle avait commencé comme une pneumonie chronique dont la nature infectieuse n’a été connue que deux années plus tard après les manifestations cutanée et nasale. Ce cas s’est terminé par la mort la quatrième année. La mort est de règle pour la morve aiguë de l’homme. Il n’en est pas de même pour l'infection chronique que l'intervention chirurgicale immédiate peut quelquefois guérir. Souvent la morve cutanée, véritable farcin, se développe sur les parties découvertes de l’avant-bras elle guérit spontanément sans généralisations ultérieures.
Dans les formes chroniques de la morve, les lésions cutanées sont en prédominance et très nombreuses elles aboutissent à la mort avec amaigrissement progressif, lent, dans un temps variable (jusqu’à 3-4 ans). La guérison des abcès laisse une cicatrice permanente, le cas du vétérinaire anglais GaiGer (1) [13] prouve que la guérison complète est possible, si les localisations pulmonaires ne surviennent pas.
Les symptômes de la morve aiguë de l’homme évoluent très rapidement, la durée moyenne de la maladie est de 15 à 25 jours. Les premiers signes sont ceux de toute période d’incubation de maladie aiguë, courbatures, anorexie, température, souvent sensation de constriction thoracique, des sueurs abondantes survien nent, souvent la rate est perceptible. Vers le 8 jour à certains points du corps apparaissent des nodules rouges douloureux siégeant parfois au niveau des articulations. Dans la dernière
(1) I contracta la morve aux Indes en 1912, fut opéré 82 fois et dut subir l'amputation d’un bras, Il guérit 5 ans plus tard,
PATHOLOGIE CIIEZ L'HOMME I
ot
semaine de la maladie apparaissent souvent sur le visage de petites vésicules à la racine du nez, à l'angle de l'œil, à ce niveau par ponction on retire une sérosité louche où le bacille de la morve se met facilement en évidence ; des gonflements ganglionnaires apparaissent qui s’abcèdent; les symptômes pulmonaires se traduisent par une expectoration visqueuse puis purulo-sanglante. L'apparition d'ulcérations au niveau du larynx entraine l'aphonie.
Voici une observation récente qui montre comment peut évoluer la maladie; observation de E. Monpozro et A. Morerri [64].
Une femme âgée de 4r ans entre à l'hôpital le 11 mars 193», 19 Jours avant son entrée à l’hôpital elle avait commencé à ressentir des malaises. Le premier jour haute température 3925, tuméfaction de la rate, céphalée aiguë puis délire. Les signes cliniques vont en s’aggravant, la température atteint 4o°-4o°3, pouls 130, puis apparaissent sur le dos au niveau des dernières côtes, de petits nodules de couleur lie de vin de 2 à 3 cm° de diamètre, douloureux à la palpation. Le lendemain toute la surface du corps est envahie par ces nodules dont quelques-uns s’abcèdent et laissent couler un Jus jaunâtre. On note de l’œdème de la face. La narine gauche présente une grosse papule d’aspect érysipélateux. Le matin du 4° jour (19° jour de la maladie) la malade entre en agonie, le pouls est filiforme, fréquent, la respiration dyspnéique et bruyante, un jetage muqueux jaunâtre s’écoule des narines. Toute la surface du corps est pleine de pustules ulcérées dont la plupart présentent un fond jaunâtre lardacé. La mort survient 19 jours après le premier malaise.
Hémoculture négative, la culture du pus donne un microbe qui ne prend pas le Gram, à espace clair et dont Pinoculation intrapéritonéale au cobaye mâle produit une péritonite morveuse avec sarcocèle morveux.
Enquête : Cette femme était mariée à un palefrenier dont le cheval était atteint de morve chronique (reconnue plus tard). Elle était chargée de soigner le cheval et en même temps qu'elle lui distribuait sa ration elle avait habitude de manger à ses côtés. IL est done possible que la contamination se soit faite par la voie digestive. ,
La morve prend un caractère de gravité extrème lorsqu'elle est contractée au cours de recherches de laboratoire. Elle donne le
pourcentage le plus élevé de décès parmi les contaminations de laboratoire, et cela malgré les précautions très sévères dont on s’entoure au cours des manipulations. C’est ainsi qu'il convient de citer les bactériologistes victimes de la morve contractée au cours de leurs travaux : | Hormanx (1), KazninG (2), Uzrecur et Darnek (3), ANGELO (4), Momonr (5), Brancuarp (6), Proroporr (1895), Franrz Luscn et Arnoscur (7), Pomrro Gorri (8), Francesco VecLuri (1892), Prof. Luigo Sant (9), Prof. Anmep Bey et Hupar Bey (10).
(1) Assistant à l’Institut d'hygiène de Vian.
(2) qui a découvert la malléine.
(3) Tous deux assistants à Brno et ainsi qu’un de leurs collègues qui contracta la maladie en pratiquant l’autopsie de DARNEK.
(4) Mort à Monaco en 1900 il contracta la maladie en essayant d’atténuer la virulence du bacille morveux. Il était l'élève de Kocx et avait collaboré avec BEHRING, pour la préparation du sérum antidiphtérique, il était chargé des cultures pour préparer la malléine.
(5) Chargé de préparer la malléine, il était le neveu du Dr Roux de l'Institut Pasteur.
(6) Vétérinaire sanitaire des services de la Ville de Paris.
(7) Cet accident tragique s’est passé à Prague en 1910 et a coûté la vie encore à deux assistants.
(8) Il était le Directeur de la clinique vétérinaire de Bologna.
(9) Il était le Directeur de la clinique vétérinaire de Bologna.
(10) Il était professeur à l'école d'application vétérinaire militaire de Istambul (1929).