‹ Morve et Immunité Anti-MorveuseChapitre 14 sur 26 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ESSAIS DE VACCINATION | CONTRE LA MORVE AU MOYEN D’'EXTRAITS MICROBIENS

La production des substances toxiques dans les milieux de culture du microbe de la morve a été mis en évidence par A. Bares (1890). L'existence de telle substance dans les corps microbiens expliquait la fièvre et l’émaciation dans les cas naturels de la maladie chez les animaux. Ces substances introduites dans lorganisme des animaux sensibles et en parfait état de santé, sont capables dans certaines circonstances, de produire des troubles constitutionnels, les bacilles morts seuls peuvent encore engendrer les altérations morbides. L’infection fatale chez les animaux sensibles est produite par administration des corps microbiens tués à une température de 60° ou par l’alcool. Ainsi CANTAGUZÈNE et RieGLer (1907) [7] ont traité le microbe de la morve cultivé sur gélose, par l’alcool, et après avoir centrifugé et desséché le culot, ont obtenu une poudre sèche dont 100-150 mgr. administrés par la bouche aux cobayes jeunes ou adultes, les tuait en produisant des lésions caractéristiques au niveau des ganglions mésentériques, de la rate et des poumons. Une petite dose, comme 25-50 mer. causait l'émaciation et entrainait la mort en 2-4 semaines. De plus petites doses encore étaient tolérées pour la première fois, mais répétées elles étaient la cause des troubles graves.

M. Nrcozze (1906) [41] avait déjà obtenu ces actions toxiques avec les microbes traités moitié alcool moitié éther ou chloroforme. Turro (1908) [60] en traitant les microbes dans la solution d’hydrate de soude à 0,5 p. 100, précipitant l'extrait alcalin

par l'alcool et desséchant celui-ci a obtenu une poudre qui, injectée sous-cutanée aux cobayes, à la dose de 1 mgr. produisait un œdème local et même la mort.

Nous avons voulu nous rendre compte de la valeur antigénique en même temps que toxique des extraits aqueux du microbe de la morve, d’après la méthode d'extraction de R. Leroux : la culture sur la gélose ordinaire dans les boîtes de Roux est émulsionnée dans 10 cm’ d’eau physiologique par boîte [30].

Cette émulsion épaisse est chauffée au bain-marie à 75°-80° pendant une heure, température à laquelle les bacilles de la morve ainsi que les toxines solubles dont le type est la toxine tétanique ou diphtérique ne peuvent résister. Après avoir centrifugé le liquide et passé la partie surnageante sur bougie Chamberland L> le filtrat a été inoculé dans le péritoine de cobayes males, la première fois 1 cm° et 6 jours après 2 cm°.

La voie péritonéale était préférée dans la plupart de nos expériences parce que c’est cette voie d’inoculation qui engendre classiquement une péritonite morveuse, accompagnée de sarcocèle morveux chez le cobaye mâle, dans un temps relativement fixe avec une souche donnée.

(13-XT-1931)

Reçoit 1 em* de l'ext. aqueux ° de morve (périloine) Poids rer jour Cobaye G 51 380 389 370 390 300 —. C 32 360 360 3/0 390 339 URI 300 389 390 3/40 310 — Cho 405 4oo Aro 409 405 — Ci 399 380 389 380 370 19-XI

2 em? encore

Cobaye C 31 345 335 325 320 mort diarrhétique le 21-XI — C32 325 320 300 275 200 mort diarrhétique le 22-XI — C33 est mort 17-XI au soir — ! Go "Sgo 390: 380 : mort le 2r-XI — C4r 375 375 est mort le 19-XI

L'existence de la diarrhée et l’amaigrissement très avancé des cobayes, qui précèdent la mort, prouvaient qu’il s’agit d’une intoxication. À l’autopsie : congestion des organes abdominaux, des poumons et du musculus testis, foie friable dégénéré. L'exa-

ESSAIS DE VACCINATION CONTRE LA MORVE Jp

men microscopique des frottis du sang, du cœur, de la rate, du foie, les essais de cultures faits en partant 1e ces organes démontraient, dans tous les cas, qu’il ne s'agissait pas d’une infection HR RNS déclanchée par ane parentérale d’un liquide étranger.

Ces expériences sont reprises avec les extraits aqueux de bacilles de Wurrmore, préparés de façon exactement identique ; seulement, étant donné la viscosité des cultures de cette bactérie, il est difficile, même après centrifugation, d'obtenir un liquide qui passe facilement au travers des parois des bougies L*. Chamberland, il est donc nécessaire de filtrer à travers bougie L°. Or le chautfage d'une heure à 75°-80° ne peut pas uniformément pénétrer dans toutes les parties d’une émulsion épaisse comme celle que nous préparons et les rares microbes échappés ainsi à l’action de la chaleur, transversant les bougies L*, sont capables d’engendrer linfection bacillaire qui est d’ailleurs favorisée par l’action toxique associée du filtrat. Chez les cobayes morts à la suite d’une erreur pareille l’évolution de la maladie est très rapide, sans altération avancée des organes. Pour écarter cette cause d’erreur, nous avons fait passer ce liquide d'abord sur L? comme bougie «-dégrossisseuse », puis sur bougie L*.

L'inoculation intrapéritonéale de ce dernier filtrat dans les conditions de l'expérience précédente, nous a donné des résultats tout à fait superposables à ceux des extraits bactériens morveux ; nous avons alors continué nos expériences indifféremment tantôt avec lextrait microbien de bacilles de la morve, tantôt avec extrait de b. de WuirMoRe.

Les cobayes morts après une ou deux inoculations de ces filtrats, présentaient à l'autopsie les lésions anatomo-pathologiques des cobayes morts de la morve [28].

Ceci prouve encore une fois que les substances toxiques des microbes de la morve et de Wuarrmore sont susceptibles d’engendrer un état de sensibilité chez les cobayes auxquels elles ont été inoculées et ces éléments toxiques résistent à une tempéra-

ture variant de 75°-80°.

LES ESSAIS DE VACCINATION AU MOYEN D'EXTRAIT MICROBIEN TRAITÉ AU FORMOL

Suivant les principes de vaccination avec les anatoxines et nous basant sur la possibilité de réduire au minimum la toxicité des éléments qui proviennent de désagrégation et des sécrétions des microbes ou de la transformation du milieu par leur sécrétion nous avons formolé les extraits concentrés du bacille de la morve et de celui de Wurrmors, obtenus par la méthode de R. Lecroux.

La quantité de formol ainsi ajoutée varie de 1 à 5 p. 1.000 et la durée du séjour à 37° de 7 à 15 jours. Ces extraits formolés et gardés pendant plusieurs jours à 37° se sont toujours comportés comme nuisibles à la santé des cobayes en bonne santé, soit par la voie péritonéale, soit par celle sous-cutanée. D'ailleurs la malléine que nous avons formolée et portée à 37° pendant 15 jours, ne perdait pas de sa toxicité pour les cobayes expérimentalement morveux.

On peut donc conclure que les substances toxiques dans les extraits aqueux des microbes de la morve sont de type de celles qui constituent la malléine, produit des microbes de la morve dans les milieux de culture restés à 37° un mois et exposés à la température au bain-marie pour être réduits au dixième de leur volume primitif.

Nous avons vu dans l'histoire de l’immunité de la morve que les essais de vaccination et de traitement au moyen de la malléine telle quelle, diluée ou modifiée ne sont pas couronnés de succès, ce résultat ne peut pas être surprenant.

Les substances obtenues des microbes de la morve par différents moyens chimiques, physiques et qui causent des altérations morbides chez les animaux sont sécrétées ou libérées dans le milieu de cultures par eux-mêmes. Les poisons inclus dans les corps microbiens sont définis, par opposition aux toxines solubles, comme des endotoxines qui ne peuvent être mises en liberté que par la destruction des microbes ; c’est le contenu des micro-

bes qui agit comme poison lorsqu'il est résorbé par l’organisme sensible.

Page 1