‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 17 sur 94 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le matin du jour suivant j'allai à la fenêtre pour voir"^ Melchiorre Gioia; mais je ne m'entre- * tins plus avec les voleurs. Je répondis à leur salut, et je leur dis qu'il m'avait été défendu de parler.

Je vis venir ensuite le grefBer qui m'avait fait subir mes interrogatoires; il m'annonça avec mystère une visite qui devait me faire beaucoup de plaisir; puis quand il crut m'avoir suffisamment préparé il ajouta : a C'est voire père, suivezmoi. »

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Je le suivis dans les bureaux^ palpitant de joie et de tendresse, et m'efforçant de prendre un air serein qui pût tranquilliser mon pauvre père.

Quand il eut appris mon arrestation, il crut que j'étais la victime de quelques vains soupçons, et que je serais bientôt libéré; mais, voyant que ma détention continuait, il était venu solliciter mon élargissement auprès du gouvernement autrichien. Malheureuses illusions de Tamour paternel! il ne pouvait croire que j'eusse été assez téméraire pour m'exposer à la rigueur des lois, et la joie composée et étudiée qui accompagnait mes paroles lui persuada que je n'avais aucun malheur i craindre.

Le court entretien qui nous fut accordé m'agita extraordinairement, et d'autant plus que je faisais beaucoup d'efforts pour cacher toute agitation. Le plus difficile fut de ne pas le manifester quand vint le moment cruel de la séparation.

Dans les circonstances où se trouvait l'Italie, je tenais pour certain que l'Autriche donnerait des preuves frappantes d'une excessive rigueur, et que je serais condamné à mort ou à une dure et longue prison. Dissimuler à un père une telle persuasion; l'abuser en essayant de lui montrer des espérances fondées d'une liberté prochaine; ne pas fondre en larmes en l'embrassant, en lui parlant de ma mère, de mes frères et de mes sœurs, que je croyais ne plus jamais revoir sur

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la terre ; le prier avec une voix calme de venir encore me voir^ s'il était possible : jamais si grande violence n'avait tourmenté et brisé mon âme!...

Pour lui , il se sépara de moi plein d'espoir et de consolation, et moi je m'en allai dans ma prison le cœur serré. A peine me vis-je seul^ que j'espérai pouvoir me soulager en me laissant aller aux larmes. Ce soulagement me fut rerusé , les sanglots m'étouffaient^ et je ne pouvais répandre une seule larme. Le malbeur de ne pouvoir pleurer dans les grandes douleurs est un des plus cruels et des plus accablants; je l'ai éprouvé tant de fois !

Je fus saisi d'une fièvre dévorante, accompagnée d'un violent mal de tète. Je ne pus prendre une cuillerée de soupe de toute la journée. Peut-être est-€e une maladie mortelle, me disais-je^ qui vient mettre un terme à mon martyre.

Désir lâche et insensé! Dieu ne l'exauça pas, et aujourd'hui je lui en rends grâces, et je lui en rends grâces non -seulement parce qu'après dix ans de captivité j'ai revu ma chère famille et que je puis me dire heureux, mais encore parce que les souffrances donnent du prix à l'homme; et j'ose espérer qu'elles n'ont pas été inutiles pour moi.

Al MÉMOIRES

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