CHAPITRE XV
Quelques jours s'écoulèrent, et moi je restai dans le même état, c'est-à-dire dans une douce
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tristesse, plein de paix et de pensées religieuses. Il me semblait que j'avais triomphé de toute faiblesse, et que j'étais au-dessus de toute inquiétude ! Folle illusion ! l'homme doit tendre à une parfaite constance; mais il n'y parvient jamais sur la terre. Qui donc me troubla? La vue d'un ami malheureux, la vue de mon cher ami Pietro, qui passa à quelques pas de moi, dans la galerie, tandis que j'étais à la fenêtre. Ils l'avaient enlevé de sa chambre pour le conduire aux prisons crimioelles.
Pietro et ceux qui l'accompagnaient passèrent si rapidement, que j'eus à peine le temps de le reconnaître, de voir un signe de salut et d'y répondre.
Pauvre jeune homme! à la fleur de l'âge, avec un esprit qui pouvait lui faire concevoir les plus magnifiques espérances, avec un caractère honnète, délicat, aimant, fait pour jouir glorieusement de la vie, être précipité au fond d'une prison pour affaires politiques, dans des circonstances où il ne pouvait sûrement se soustraire aux foudres de la loi la plu& sévère I
Je ressentis une telle compassion pour lui, une telle amertume de ne pouvoir le délivrer, de ne pouvoir au moins le fortifier par ma présence et mes paroles, que rien ne pouvait ramener le calme dans mon cœur. Je savais quel amour il portait à sa mère, à son fr^re, à se? rœurs, à son beau-frère,
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à ses neteux; combien il soupirait ardemment pour contribuer à leur bonheur, quel était le re-* tour d'affection de tous ceux qu'il chérissait. Je sentais quelle devait être TafEiiction de chacun d'eux dans un si grand malheur. Il n'y a point de termes pour exprimer la fureur qui dans ce moment s'empara de mon âme; et cette fureur se prolongea d'autant plus, que je désespérais davantage de pouvoir l'apaiser.
Mais ce désir lui-même n'était qu'une illusion. âmes afOiigées^ qui vous croyez la proie d'une douleur horrible, éternelle, toujours renaissante et croissante, prenez patience quelques instants^ et vous serez désabusées. Une paix profonde et parfaite , une extrême inquiétude, ne peuvent durer longtemps ici-bas. Il faut être convaincu de cette vérité pour ne pas s'enorgueillir dans les heures de la félicité, et ne point se laisser abattre dans le temps de l'infortune et du trouble.
 cette longue fureur succédèrent la fatigue et l'apathie, Mais l'apathie 'non plus n'est pas de longue durée, et je craignis de me laisser successivement tomber sans repos dans un excès opposé. Je frémis d'horreur dans la perspective d'un semblable avenir, et j'eus encore recours à la prière»
Je demandai à Dieu d'assister mon malheureux amiPietro comme moi, et sa famille comme la mienne. Ce fut seulement en formant ces vœux que je pus acquérir le calme et la paix.
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