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En m'en allant^ je saluai deux pauvres voleurs qui étaient à la fenêtre. Le chef n^ était pad, mais^ averti par ses GiHnpagnons, il y accourut, et me salua à sou tour^ Il se mit ensuite à chanter deux vers qu'il m'avait quelquefois entendu prononcer.
Ghi rende alla meschioa La sua félicita ?
Vouldt*il se moquer de moi? Si je faisais cette question à cinquante personnes^ quarante -neaf me répondaient : Oui. Eh bien^ malgré cette ncHUbreuse majorité ^ j'incline à croire que le bon voleur avait l'intention de me faire une politesse. Je la reçus comme telle ^ je lui en fus reconnais* sant^ et je lui donnai encore un coup d'œil; et lui^ allongeant le bras à travers les barreaux de sa fenêtre , son bonnet à la main, il me faisait encore signe ^ lorsque je me détournai pour descendre l'escalier.
Quand je fus dans la cour^ j'eus une consola*tion. Mon petit muet était sous le portique. Il m'aperçut^ me reconnut^ et voulut courir à moi. Je ne sais pourquoi la femme du geôlier l'arrêta par le collet de son habit, et le fit entrer dans la maison. J'eus du chagrin de ne pouvoir l'em*brasser; mais les efforts qu'il fit pour accourir vers moi me causèrent une agréable émotion. 11 est si doux d'être aimé !
DE SaVIO PSLLTGO. S3
Céidii le jour des granded aventures. Deux pas pius loin, je me trouvais sous la fenêtre de la chambre que j'avais déjà occupée, dans laquelle était maintenant Gioia. a Bonjour, Melchiorre! » lui dis* je en passant. Il leva la tète, et^ s'élançant vers moi ; il cria : « Bonjour^ Silvio I »
Hélas! je ne pus m'arrèter un seul instant Je passai sous la voûte, je montai un petit escalier, et je me trouvai placé dans une chambre assez propre, au-dessus de celle de Gioia.
Quand mon lit fat apporté, et que les seconds m'eurent quitté, ma première occupation fut de visiter les murs. Il y avait quelques notes écrites^ les unes avec un crayon^ les autres avec du charbon, et d'autres avec une pointe aiguë. Je trouvai deux strophes gracieuses en vers français^ que je me repens maintenant de n'avoir pas apprises par cœur. Elles étaient signées le duc de Normandie. Je me mis à les chanter, en leur appliquant du mieux possible Tair de la chansonnette Chi rende alla meschina, etc. Mais voilà qu'une voix qui partait d'une chambre très-voisioe les chanta de nouveau sur un autre air. Quand le chanteur eut fini, je lui criai : « Bravo !» Il me salua poliment et me demanda si j'étais Français.
« Non, je suis Italien, et je me nomme Silvio Pellico.
— L'auteur de Françoise de Rimini9
— Précisément» »
5^ HÉXOIlOEff
Et ici il m'àisfmà Un conii^iaiett diMbàf^et Jjkpnj^l^j «t ^dque» eoddoléutcet bui: naa pritoii; , Q me 4eaimda d« quelle ^a^e de ritalâs f étato qaftif. : ' .
I M Du piémoQkl i lui diS'^jB ; Je fuis de Silootei »
Et encora ioi uti: pouteail «ontplirttenl'tnir te caractère et sor l'efl|»f il> dés Kémentaie ^ et Une nieatioa spéoiakdës hommèa ilhutrei de Salowi^ et pftrtieulièvemeol de Bedoaii
Ces louanges étaieilt fiae8> Goiaoïe uiveat eq faire les perso«aes .(}oi mlDeju iinel>oiiiie éduoatioQ.
, < a Qu'il me ^t peroûa m&mtenant^ Moniièur^ de saveir qui v^ue Mee*
«^ Voue avez ebanté une de mes ^ibonéeDlseiteii
-^ Cçs deux b^les stvqdM» qui loat ^eiitea ear le HUIT eont deno de fouet . >* Oui» Motasieiir.
*— Vous êtes donc.*.
«^ LlDfcMttmié duo de Normandie* a
CHAPïTRii: xvin
Le geôlier passait sCfOd nos fenfttred , et ttous fH
taire. ■
L'infortuné duc de Normandie! disais -je èh rêvant. N'est-ce pas là le titre qu'ôtt doûnait.au fils de Louis XVI? Mais ce pauvre eûfaût est cer-
DE SI|(TI0> F J»(iTGO. 36
tiiiiMimt morii *^ Bà Imn I i&ra voiaib eut ««as dfmto^uo>d«'e«»«ialb^i*e<ai gui ttotoïKt 1» imm
Déjà plusieurs se sont donnés pour Loqîb XVlIi et «ot ^ i^cozuftii» pour des impo(rtdurs : quelle fli]sgn04i9 oonfiaiiee aceovdet à eeltû^eî?
Qôeiciiie je fisse des effoarta pont irest^ dans ki d<HiLte> une iniriiieible înorédulSté {Hrétalait en mi, et oontinna toujour» à y pfévaloir^ NéaivaçÂns ]« i^éselue de ne poiiat mortifia riuf orlnïté > foelque ebose qu'il pâl me dire*
Quelque» instants après, il reeoBmie&çft i ehao* ter, pnis nons reprioiea la oôntersalîoo*
A la qne$ti<m que Je loi fis sur m yiritabte çendHion ji il 93^ répondit qu'il était précisément Unm XVII» et il 9Q mit à déclamer {(»tem#ut eontre Louis XVIII^ son oncle, usurpateur de aeft
e Ces droits^, comment ne lep avezvous pas fatt valoir au temps de la Restaiuration?
-M Je me trouvais alors attaqué d'une maladie dangereuse à Bologne. A peine rétabli , je vcdai i fms'f je me présentai devant les grandes pui»* sances; naais ce qui était fait était fait ; mon onele^ plein d'aml^itioiji et d'injustice, ne voulut pas me reconnaître; ma se&ur se joignit à lui pour m'opprinaer; le bon prince de Condé seul m'acooeillH i bras ouverts; mais sou amitié n'avait aucune puissance»
56 MÉMOlUfiS
« Un soir^ dans les mes de Paris, je fus assailli ' par des assassins armés de poignards^ et ce fat avec beaucoup de peine que je pus me soustraire à leurs coups.
« Après avoir erré quelque temps en Normandie^ je me dirigeai vers l'Italie^ et m'arrêtai à Modène. De là j^écrivais continuellement aux monarques de l'Europe , et particulièrement à Tempereur Alexandre, qui me répondait avec beaucoup de politesse ; et je ne désespérais pas d'obtenir enfin justice; ou s'ils voulaient^ par politique, sacrifier mes droits au trône de France, d'obtenir un apanage convenable. Je fus arrêté, conduit aux fron-' tières da duché de Modène et Uvré au gouvernement autridhien. Maintenant, depuis huit mois^ je suis resté dans cette prison, et Dieu sait quand j'en sortirai. »
Je n'ajoutai pas foi à toutes ces paroles; maisit était enseveli dans l'horreur d'une prison, ce &it incontestable excitait ma compassion.
Je le priai de me raconter l'abrégé de sa vie. Il me dit avec les moindres détails toutes les particularités que je savais déjà sur Louis XVII : quand on le plaça avec le scélérat Simon, le cordonnier; quand on le força d'attester une infâme calomnie contre les mœurs de la pauvre reine sa mère, etc. etc. Enfin, lorsqu'il était en prison, un homme vint le prendre pendant la nuit, mit lUâa place un enfant imbécile nommé Mathurin, et le sauva. H
DE SILTfO PiLLICO. 57
y avait dans la rae tin carrossô à quatre dievaiix^ et un des cbevauz était une machine en bds dans laqndle il fat caché. Ils allèrent h^retisement jusqu'au Rbin^ et, les frontières étant passées, le général (ii m'a dit scm nom, mais je Tai oublié) qui Favait sauvé Ini servit pendant quelque temp» d'instituteur et de père. Ensuite il l'envoya ou le eondui^ en Amérique. Là le jeune roi sans fo^l^ume eut beaucoup d'aventures : il souffrit la faim dans les déserts, fut soldat, vécut heureux et MâaMédlionneurs à la cour du roi de Brésil ; puis, cttlomnié et poursuivi, il fut forcé de prendre la faite. Il revint en Europe ver& k In dû règne de Napoléon , Ait n^s en prison à Naples par Joaefaim limât, et quand il se vit libre et en^ état de réda* mer le trdne de France, il .fût frappé à Bobgne d'une funeste maladie, durant laquelle Louis XVDI fiât reconnu et reçut la couronne.