‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 26 sur 94 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Lorsque ces combats eurent pris fin, et qu'il me sembla que j'étais de nouveau raffermi dans Thabitude d'honorer Dieu dans tous les actes de

ma volonté > je goûtai pendant quelque temps une paix délicieuse. Les examens auxquels me soumettait la commission tous les deux ou trois jours, quelque horribles qu'ils fussent, ne me causaient plus d'inquiétude ni d'agitation de longue durée. Je faisais en sorte, dans cette position difficile et pénible, de ne point manquer à mes devoirs d'amitié et d'honnêteté , et puis je disais : Dieu fasse le reste.

Je travaillai à reprendre l'utile exercice de prévoir chaque jour toute surprise, tout accident supposable, et cette pratique me procura encoi'e quelques agréments.

Ma solitude s'accrut. Les deux âls du geôlier, qui d'abord me tenaient quelquefois compagnie, furent envoyés à l'école; et, ne restant que quelques instants à la maison, ils ne venaient plus me visiter. La mère et la fille , qui s'arrêtaient quelquefois à causer avec moi quand elles étaient accompagnées des enfants, ne paraissaient que pour m'apporter le café, et puis me laissaient seul. Pour la mère, je n'en étais pas très-affligé, car elle montrait une âme inaccessible à la compassion; mais la fille avait une certaine douceur de regard et de parole qui n'était pas pour moi sans valeur. Quand elle m'apportait le café, et qu'elle disait : a C'est moi qui l'ai fait. » Je le trou* vais toujours excellent. Quand elle disait : a C'est maman qui l'a fait, » c'était de l'eau chaude.

Voyant si rarement des créatures humaines , je donnai mon attention à quelques fourmis qui venaient sur ma fenêtre. Je leur présentai une nour* riture somptueuse; elles convoquèrent une armée de leurs compagnes, et la fenêtre fut couverte de ces animaux. Je portai également mon attention sur une belle araignée qui tapissait de ses réseaux un des murs de ma prison. Je la nourris aveo des mouches et des cousins; elle se familiarisa avec moi au point de venir jusque sur mon lit et dans ma main prendre de la nourriture.

Plût au Ciel que j^eusse été visité par ces seuls insectes I Nous étions encore au printemps, et déjà les cousins se multipliaient, je puis le dire^ d'une manière épouvantable. L'hiver avait été d'une douceur extraordinaire, et après quelques vents qui soufflèrent au mois de mars, la chaleur se fit sentir. Il est impossible de dire combien était lourd et suffocant Tair de la chambre que j'habitais : elle était située tout à fait en plein midi, sous un toit de plomb; la fenêtre donnait sur le toit de plomb de Téglise Saint -Marc, dont la réverbération est affreuse ; j'étouffais. Je n'avais jamais eu l'idée d'une chaleur si accablante; un tel supplice était augmenté par les cousins, en si graud nombre, que, de quelque côté que je ma tournasse, j'en étais couvert; la table > le lit, les chaises, le plancher, les murs, le plafond > tout en était couvert, l'air en contenait une infit

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nité qui allaient et Tenaient par la fenêtre et faisaient entendre un bourdonnement infernal : les piqûres de ces animaux sont douloureuses, et quand on y est exposé du matin au soir et du soir au matin, obligé de s'occuper des moyens d*en diminuer le nombre, on souffre vraiment trop de corps et d'esprit.

Quand je vis un semblable fléau, que j'en connus la gravité, et que je ne pus obtenir de changer de prison, je fus surpris par quelques tentations de me suicider, et quelquefois j'ai craint d'y succomber. Mais, grâce au Ciel, ces fureurs ne duraient pas, et la religion continuait à me soutenir. Elle me persuadait que l'homme doit souffrir j et souffrir avec force; elle me faisait trouver une certaine volupté dans la souffrance, la satisfaction de ne point succomber, de triompher de tout.

Je disais : Plus la vie m*aura été pénible et douloureuse, moins je serai atterré, si, jeune comme je le suis, je me vois condamné au supplice; sans ces souffrances préparatoires, peut-être serais- je mort lâchement? Et puis, ai-jô assez de vertu pour mériter le bonheur? Où sont- elles?

En m'examinant avec une juste rigueur, je ne trouvai dans les années que j'avais déjà passées sur la terre que quelques actions un peu louables ; tout le reste était passion insensée , idolâtrie orgueilleuse et fausse vertu.

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Eh bien! ajoutais-je, souffle ^ homme indigne! Si les hommes on les cousins te font périr par injustice , par fureur et sans droit, considère^les comme les instruments de la justice divine, et tais- toi!

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