‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 29 sur 94 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Depuis ce jour je devins^ je ne sais pourquoi^ le confident de la jeune fille, et elle revint souvent converser longuement avec moi.

Je ne puis parler des maux qui affligent les

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autres mortels ; mais pour ceux qui ont rapport à moi depuis que je suis sur la terre ^ je suis forcé d'avouer, en les considérant attentivement^ que je les trouvais toujours ordonnés pour quelque bien. Oui, jusqu'à Thorrible chaleur qui m'accablait , et ces légions de cousins qui m*y faisaient une guerre si cruelle I Mille fois j'y ai porté mes réflexions. Sans un état de souffrances conti* nuelles^ aurais -je eu constamment la vigilance / nécessaire pour me conserver invulnérable aux traits d'une passion qui me menaçait; si je me défiais fortement de moi dans un tel état, comment aurais-je pu devenir maître des vains fantômes de mon imagination dans une atmosphère plus douce, plus favorable à la gaieté ?

Cette pensée me réconciliait un peu avec ces fléaux ; alors je me demandais :

« Voudrais-tu en être délivré et être conduit dans une bonne chambre rafradchie par une atmosphère pure , et être privé de la vue de cette créature aflectueuse? b

Dois-ie avouer la vérité? je n'avais pas la force de répondre à cette question.

Quand on souhaite un peu de bien à quelqu'un, on ne saurait dire quel plaisir procurent les choses les plus indifférentes en soi. Souvent un mot de Zanze, un sourire, une larme, un idiotisme gracieux du dialecte vénitien, le mouvement rapide de son bras qui cherchait avec un mouchoir ou

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un éventail à chasser les cousins qui Tenaient nous tourmenter, tout cela versait dans mon cœur un contentement enfantin qui se prolongeait autant que le jour. Ce qui me réjouissait surtout, c'était de voir que ses afflictions se calmassent quand elle parlait, que ma compassion lui fût précieuse, qu'elle écoutât mes conseils, et que son cœur s'enflammât lorsque nous parlions de la vertu et de Dieu.

« Quand nous nous sommes entretenus ensemble de religion, disait-elle, je prie plus volontiers et avec une foi plus vive. »

Quelquefois , interrompant des paroles frivoles, elle saissait la Bible, l'ouvrait, me désignait un verset au hasard, et voulait ensuite que je lui en donnasse la traduction et le commentaire.

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