‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 30 sur 94 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Rien n'est durable ici-bas! Zanze tomba malade. Dans les premiers jours de sa maladie, elle venait me voir et se plaignait de violents maux de tête, ou pleurait, et ne voulait pas m'avouer la cause de ses larmes; seulement quelquefois elle murmurait à voix basse : a C'est un scélérat ; mais que Dieu lui pardonne !

Quoique je la suppliasse de décharger son cœur,

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comme elle l'avait fait si souvent^ je ne pus jamais connaître au juste le sujet de ses chagrins.

< Je reviendrai demain , » me dit-elle un soir.

Mais le lendemain ce fut sa mère qui m'apporta le café; les seconds le firent les jours suivants : Zanze était gravement malade.

Les seconds me disaient au sujet des aventures de Zanze certains mots équivoques qui me faisaient dresser les cheveux.

Après plus d'un mois de maladie, la pauvre fille fut menée à la campagne , et je ne la revis plus.

On ne saurait croire combien cette séparation me causa de chagrin. Oh ! comme ma solitude en devint plus horrible! Oh! comme cette pensée, que la jeune fille était malheureuse^ pesait encore plus sur mon cœur que l'idée de son éloignement ! Elle avait si souvent soulagé mes misères par sa compatissante bienveillance^ et ma compassion était stérile pour elle ! Certainement elle aura dû être persuadée que je versais des larmes sur son sort; que je n'aurais pas reculé devant les. plus grands sacrifices pour lui procurer, si cela m'eût été possible, quelque soulagement; que je ne cesserais jamais de la bénir et de faire des vœux pour son bonheur.

Quand Zanze venait me visiter, ses visites étaient bien courtes y il est vrai ; mais elles occupaient agréablement la pénible monotonie de mes conti-

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ûuelles méditations et de mes études silencienseSi Elle ajoutait des idées à mes autres idées^ elle ex* citait en mon cœur quelques sentiments suaves qui embellissaient mes jours mauvais et doublaient en moi le sentiment de la vie.

Quand je ne la vis plus^ la prison redevint pour moi un véritable tombeau. Pendant plusieurs jours je fus accablé de tristesse ^ au point de ne plus trouver de plaisir ni de consolation en écrivant. Ma tristesse était pure et calme en comparaison des fureurs que j'avais éprouvées naguère. Cela sigiii«' fiait-il que j'étais plus apprivoisé avec l'infortune, plus philosophe, plus chrétien? ou bien seulement que la chaleur dévorante de ma chambre suffisait pour abattre les forces de mon âme ? Ah ! non , elle n'abattait pas les forces de la douleur I Je n'ai jamais oublié que je les sentais vivement au fond de mon cœur, et peut-être plus vivement^ parce que je ne voulais pas les dissiper en criant et en m'agitant.

Certainement ce long apprentissage m'avait déjà rendu plus capable de supporter de nouvelles af*flictions en me résignant à la volonté de Dieu^

Je m'étais dit si souvent : C'est une bassesse de se plaindre, qu'enfin je savais arrêter mes plaintes sur le bord de mes lèvres^ et je rougissais de les arrêter si tard.

L'exercice d'écrire mes pensées avait contribué à donner de nouvelles forces à mon âme , à me

D£ SaviO PSUIGO. SO

désenchanter des vanités^ à métier la plupart de mes raisonnements à ces conelusions :

a II 7 a un Dieu, par conséquent une infaillible justice; par conséquent tout ce qui arrive ici<-baa est ordonné pour une très-bonne an ; par conséquent les souffrances de Thomme sur la terre sont pour son bien, d

La connaissance de Zanze m avait rendu dé véritables services; car elle avait adouci mon caractère. Ses doux applaudissements m'avaient poussé i ne pas me départir, pendant quelqaes mois, du devoir que je sentais imposé à tous les hommes de se montrer supérieur^ à la fortune^ et par conséquent de se montrer patients. Zanze ne me vit que deux fois me laisser aller à la colère : la première fois, comme je l'ai dit plus haut, pour de mauvais café ; la seconde^ dans le cas suivant :

Toutes les deux ou trois semaines , le geôlier m'apportait une lettre de ma famille. Cette lettre, avant de m'être remise^ passait sous les yeux de la commission, et était barbarement raturée avec une encre très-noire. Un jour il arriva qu'au lieu de retrancher seulement quelques phrases, ils tirèrent un horrible trait sur toute la lettre, et n'épargnèrent que ces paroles : Très-cher Silvio, qui se trouvaient au comnaencement, et les mots d'adieu qui la ternainaient : Nous t'embrassons tous cm^dialement .

A cette vue, je fus saisi d'une si -viotente colère,

qu'en présence même de Zanze j'éclatai en hurlementS; je faisais pleuvoir mes malédictions sur je ne sais qui. La pauvre enfant compatit à mes souffrances, mais en même temps me reprocha d'être en contradiction avec mes principes. Je vis qu'elle avait raison, et je cessai de maudire.

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