‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 33 sur 94 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Je fus pendant toute la soirée dans une étrange agitation ; je ne pus clore l'œil pendant toute la nuit, et, au sein» de tant d'incertitudes, je ne savais à quoi me résoudre.

Je sautai dn lit avant le point du jour, je courus

à ma fenêtre et je priai. Dans les circonstances

^difficiles on a besoin de consulter Dieu avec

confiance, d'écouter ses inspirations et d'y être

fidèle.

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C'est ce que je fis, et, après une longue prière, je me retirai. Je chassai les cousins; je passai légèrement ma main sur mes joues couvertes de piqûres cruelles. Mon parti était pris : découvrir mes craintes à Tremerello, qui pouvait s'exposer par nos messages à de cruels déplaisirs ; y renoncer s'il hésitait, Taccepter si ces terreurs ne l'effrayaient pas.

Je me promenai jusqu'à ce que j'entendisse chanter : Sognai, mi géra un gatto. E timecaraz* «e^t. C'était Tremerello qui m'apportait mon café.

Je lui exposai mon scrupule ; je n'épargnai au* cun terme pour lui inspirer de la crainte. Je le trouvai ferme dans la volonté dt servir, selon ses expressions, deux seigneurs si accomplis. Ces paroles étaient assez en opposition avec la timidité de sa figure et le nom de Tremerello que nous lui donnions. Eh bien ! je serai ferme, moi aussi.

€ Je vous abandonnerai mon vin, lui dis-je, fournissez-moi le papier nécessaire pour cette correspondance, et soyez convaincu que si j'entends retentir les clefs sans entendre votre chansonnette, je détruirai toujours en un moment tout objet dangereux.

— Voici précisément une feuille de papier ; j'en fournirai toujours à Monsieur, tant que cela lui plaira; je me repose entièrement sur sa prudence. »

Je me brûlai le palais pour boire plus prompte-

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ment mpn café ; Tremerello se retxra, et je me mis à écrire.

Faisais-je bien) La résolution que je prenais étai^ellebien inspirée de Dieu? N'était-ce pas plutôt un triomphe de mon audace naturelle^ de mon penchant à préférer, ma volonté à de pénibles sa^ orifices? un mélange d'orgueilleuse complaisance dans l'estime que l'inconnu me témoignait^ et de crainte de paraître pusillanime si je préférais un silence prudent à une correspondance quelque peu périlleuse?

Gomment résoudre ces doutes ? Je les exposai naïvement à mon compagnon d'infortune, et j'ajoutai néanmoins que je pensais que quand un homme croit agir après de bonnes raisons et sans aucune répugnance de la conscience j, il ne doit plus craindre de fautes ; que cependant il réfléchit sérieusement à l'entreprise que nous formions^ et qu'il m'avouât franchement avec quel degré de calme ou d'inquiétude il prenait sa détermination. Que si, après de nouvelles réflexions, il trouvait notre projet trop téméraire, nous devions courageusement renoncer à la consolation que nous espérions réciproquement de nos lettres, et nous contenter de cette légère connaissance acquise par l'échange de quelques paroles, paroles ineffaçables, gage d'une profonde amitié.

J'écrivis quatre pages brûlantes de l'afiection la plus sincère; j'indiquai brièvement le sujet de mon

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empnaonnemdnt; je parlai avec effusion de cœur de ma famille et de quelques autres personnes chéries^ et m'efforçai de me faire eounaitre jusque dans le fond de mon âme.

Au soir ma lettre fut portée. Gomme je n'avais pas dormi la nuit précédente^ j'étais très*fatigué. Le sommeil ne se fit pas longtemps attendre; je m'éveillai le lendemain parfaitemenl rétabli, paU pitant de joie à la douce pensée d'avoir dans quel-' ques instants la réponse de mon ami.

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