‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 36 sur 94 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Je déchirai en plusieurs autres parties, mais sans le moindre reste de colère, les quatre lambeaux de la lettre; je m'approchai de la fenêtre; j'étendis la main et je m'arrêtai à considérer le sort des divers fragments abandonnés ainsi au caprice des vents. Quelques-uns s'arrêtèrent sur les plombs de l'église, d'autres tournoyèrent longtemps eu l'air, et enfin tombèrent à terre. Je vis qu'ils étaient tellement dispersés, qu'il était absolument impossible à personne de pouvoir les recueillir et en décoo-> vrir le mystère.

J'écrivis ensuite à Julien, et je pris toutes les précautions possibles pour n'être point et pour ne pas paraître offensé.

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Je le plaifiantai sur la crainte qu'il mamfestait que je portasse la susoeptibilité de conscience à un degré incompatible avec la vraie philosophie^ et je le priai de suspendre au moins quelque temps son jugement à ce sujet. Je louai sa profession de sincérité ; je l'assurai que je croyais ne différer de lui en rien à cet égard, et j'ajoutai que, pour lui en donner une preuve , j'entreprenais la défense du christianisme : « Bien persuadé^ disais^je^ que, comme je serai toujours disposé à entendre amicalement toutes vos opinions, de même vous voudrez bien m'écouter tranquillement. »

Cette défense du christianisme^ je me proposai de la faire peu à peu , et je la commençai en analysant fidèlement l'essence du christianisme : culte d^ Dieu dépouillé de toute superstition ; fraternité entre tous les hommes ; aspiration continuelle à la vertu ; humilité sans bassesse, dignité sans orgueil ; type» un Homme-Dieu : quoi de plus philosophique et de plus grand?

Je m'efforçai ensuite de démontrer comment cette infinie sagesse s'était plus ou moins manifestée à tous ceux qui, avec les lumières de la raison, avaient cherché la vérité , mais m s'était jamais répandue dans l'univers; comment notre divin Maître, étant descendu du ciel en terre, donna pour signe et preuve étonnante de sa mission cette sublime diffusion de la vérité par les moyens les plus faibles suivant notre manière d'apercevoir.

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Ce que les plus grands philosophes ne purent jamais exécuter, la destruction de Tidolâtrie et la prédication générale de la fraternité des hommes^ s'exécuta par le moyen de quelques hommes grossiers. Alors l'émancipation des esclaves devint plus fréquente de jour en jour, et enfin apparaît une civilisation sans esdaveSj état de société que les anciens philosophes regardaient comme impossible.

Un résumé de l'histoire de l'Église depuis Jé« sus-Christ jusqu'à nos jours devait en dernier lieu démontrer comment la religion qu'il était venu donner à la terre s'était toujours trouvée parfaite^ ment convenable à tous les degrés possibles de civilisation, et qu'il était faux de dire que, la civilisation continuant de faire des progrès^ l'Évangile n'était plus en harmonie avec elle.

J'écrivis en caractères très-fins et assez longuement : je ne pouvais m'étendre davantage, car le papier me manqua. Je lus et relus cette introduction, et elle me sembla bien faite. Il n'y avait pas une seule phrase de ressentiment contre les sarcasmes de Julien; les expressions de bienveillance abondaient, et c'était mon cœur revenu à la tolérance qui les avait dictées.

J'envoyai la lettre, et j'en attendis avec anxiété la réponse le lendemain matin.

Tremerello vint et me dit :

< Ce Monsieur n'a pu écrire; mais il vous prie de continuer votre plaisanterie.

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— Plaiêanterief m^écriai-je ; mais il n'a pas dit plaisanterie; vous avez mal compris. »

Trcmerello haussa les épaules en murmurant :

« J'aurais mal compris !

— Mais enfin êtes-vous certain qu'il ait dit plaisanterie?

— Comme je suis certain maintenant d'entendre la cloche de Saint-Marc. » (Elle sonnait à ce mo«ment.)

Je pris le café^ et gardai le silence.

< Mais, dites-moi, ce Monsieur aval t-^il déjà lu toute ma lettre?

— Je crois qu'il l'avait lue, parce qu'il riait comme un fou, qu'il faisait de cette lettre comme une balle, qull la jetait en l'air; et quand je lui dis de ne pas oublier de la détruire, il le fit sur-lechamp.

— C'est très-bien. »

Je rendis la tasse à Tremerello, en lui demandant si le café avait été préparé par la signora Bettioa?

« Monsieur Ta donc trouvé mauvais?

— Très-mauvais.

— Cependant c'est moi qui l'ai préparé, et je vous assure que je l'ai assez chargé, et il n'y avait pas de marc au fond.

— Je n'avais peut-être pas la bouche assez bonne, v

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