‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 38 sur 94 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Je patientais, pour ne pas m'attirer la qualification de bigot ou d'intolérant, et parce que je ne

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désespérais pas de voir venir quelques réflexions sérieuses à la suite de cette fièvre de boafibnneries erotiques. Je désapprouvais ouvertement toutes ces licencieuses facéties.

Il feignait de ne pas ajouter foi à ma désapprobation et redisait : Quelques reproches que vous me fassiez sur mon immoralité, je suis sûr de vous divertir par mes récits : tous les hommes aiment le plaisir comme moi; mais tous n'ont pas la franchise d'en parler sans voile. Je vous en dirai tant, que je vous enchanterai; et vous serez obligé, en conscience y de m' applaudir»

Mais de semaine en semaine il ne se désistait jamais de ses infamies, et moi, qui espérais toujours à chaque lettre trouver un autre sujet, cédant à la curiosité, je lisais tout; et mon ftme^ sans être séduite , n'en était pas moins troublée et éloignée des pensées nobles et saintes. La conversation des hommes dégradés dégrade le cœur, quand on n'a pas une vertu plus grande que la vertu commune, plus grande que la mienne.

Te voilà donc puni de ta présomption, me disaisje en moi-même; voilà ce que tu gagnes à vouloir faire le missionnaire sans en avoir la sainteté.

Un jour je me décidai à lui écrire ces paroles :

< J*ai fait des efibrts pour vous ramener à d'autres sujets , et vous m'envoyez toujours de sales romans qui me déplaisent , comme je vous Tai déjà dit franchement. Si vous désirez que nous nous

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eatretenions de choses plus nobles , nous continuerons notre correspondance; autrement, ton* chons-nous la main, et que chacun de nous reste tranquille, b '

Je fus deux jours i^ans réponse, et d'abord j'en fus charmé. bienfaisante solitude! m'écriai- je, tu es moins amère qu'une conversation désordonnée et dégradante 1 Au lieu de me tourmenter en lisant des impudences et des obscénités , au lieu de me fatiguer pour lui exprimer des sentiments honorables à l'humanité, je prierai Dieu et converserai avec lui, je rêverai à mes parents et à mes vrais amis, je m'occuperai plus lontemps à lire la Bible, à écrire mes pensées sur la table, et, en étudiant le fond de mon cœur ou en m'efforçant de le rcuidre meilleur, à goûter les douceurs d'une mélancolie innocente, mille fois préférable à des images agréables , mais flétrissantes.

Toutes les fois que Tremerello entrait dans ma chambre, il me disait :

« Je n'ai point encore de réponse.

— C'est bien, » répliquais-je.

Le troisième jour il me dit.

< Monsieur est malade.

— Qu'a- 1- il?

— Il ne le dit pas; mais il est toujours étendu sur son lit, il ne mange ni ne boit; il est de très* mauvaise humeur. »

Je m'émus à la pensée qu'il souffrait, et que

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personne n'était li pour lui offlir quelques eonso* lations.

Ces paroles m'échappèrent des lèvres, ou plutôt du cœur : a Je lui écrirai deux lignes.

— Je les porterai ce soir^ » dit Tremerello en s'en allant*

J'étais un peu embarrassé en m'approchant de ma table. Est-ce une bonne action que de rt^ prendre notre correspondance? 11 n'y a qu'un mo* ment je bénissais la solitude comme un ttéaùt retrouvé. Quelle est donc mon inconstance? et cependant cet infortuné ne mange ni ne boit; il est sûrement malade : est-ce le moment de l'abandon* ner? Mon dernier billet était rude et sévère; il aura contribué à son aiSiction. Peut-être, malgré la contrariété de nos sentiments^ n'aurait* il jamais rompu notre amitié; mon billet lui aura paru plus dur qu'il n'était, et il l'aura pris pour une rupture absolue et dédaigneuse.

J'écrivis les lignes suivantes :

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