‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 41 sur 94 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Je reconnus aux fenêtres des prisons latérales six détenus pour affaires politiques.

Et voilà qu'au moment où je me voyais enseveli dans une profonde solitude, je me trouve dans une espèce de monde. Dans le principe, j'en fus contrarié, soit que l'habitude de vivre longtemps isolé rende le caractère moins sociable, soit que la triste issue de mes relations avec Julien me rendit défiant.

Néanmoins les courts entretiens que nous eûmes ensemble, partie verbalement, partie par signes, me furent bientôt un véritable bienfait, sinon pour me procurer de la joie, au moins pour mé donner quelque distraction.

Je n« fis pM à personne de mes rapports avec Julien; nous nous étions réciproquement promis sur l'honneur que notre secret serait enseveli avec nous. Si j*en fais mention dans ces Mémoires, c'est parce^ que sous les yeux de quelques lecteurs qu'ils viennent à tomber, il sera impossible de savoir lequel, parmi tant d'hommes qui se trouvaient alors en prison, prenait = le nom de Mien.

A ces nouvelles connaissances de mes compagnons de captivité s'en joignit une autre qui me fut très- agréable.

De ma grande fenêtre je voyais, outre ce prolongement de prisons, en face de moi, une étendue de toits isiïrmontés' de cheminées, de belvédères, de clochers, de coupoles, qui se perdaient dans la perspective de la mer et du ciel. Dans la maison la plus proche de moi, qui était une aile du palais du patriarche, habitait une vertueuse famille qui acquit des droits à ma reconnaissance en me témoignant par des saints la compassion que je lui inspirais. Un salut, une parole d'amour au malheureux, c'est une grande charité.

Je remarquai d'abord à une des fenêtres un pe-

lit garcou de nauf à dix ^^m, ^m km% kê nmns

eu criant ;

« Manaau, mai^aa» oa a mis qq^lqu'w li-liiat soilis le$ Piombi. Pauvre piispimi^, qiii m^M

— Je suis Silvio PeUiw, * réponde •»]«.

Uu autre enfaut pi p^u plus grwd acfiOiflrut aussi à la fenêtre et cria :

a Tu es Silvio Pelliop?

-^ Oail et vottdj me» obéir» pe^ «sfants?

— Je ma noion^ MtPQio W''^ ^ W^ iria^, Josepb. 9

P^is il sa tpurnait par d^ririère et dirait ; « Qod faut*il encore lui d^mand^f ? »

Et une femme à demi cachée^ que je supponû èim leur mère, suggériit d<)s pai*Qk^ ^^uiêblps à ces cb^rs eofaaU; ils les xéjjétmt\i, et je 1^ 09 remerciais avec la plus vive tendrassa.

Ces convarsatlons étaient bien peu d^ ebosa j et je ne devais p^s en abuser^ pour ne pais C|i?a i^ief le geôlier; mais chaque jaur elles FecamaieoçaieQt à ma grande consolation» la matin, à midi et la soir. Quand on prenait de la luini^e, cette temim fermait la fenêtre^ les enfants cii^ieat : « Bof^m nuit^ Silvio. » £Ue-m6me» devanpa aourigaufla par robscurité> redisait avec une vpix ésiua ; « Bonne nuit^ Silvio^ ^ur^ge ! j»

Quand ces enfants faisaient leur i}éjaua^ et leur goûter, ils me disaient : if Obi ai nous pou* yioQs partager avec toi notra c^té et ^oti^ l^iitl

DE snmo FUXiGo. 4t8

Ohl si mm poiiTions te donner <iuelques**iins de nos gftteaux! Le jour que ta serai leadu à la Hbesié, n'oublie pas de i^nir nous voir; nous te donaerops des gâteaux bien boas et bien chauds^ et puis mille baisers! »

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