CHAPITRE XH
Àvae le laeîs d^iietobre mmtd le plus erusl de iiMf mniveisaises. J^fvais été arrêté le 4 d eu même nois^ l^année précédente; quelques tristes 8oa\0Bivs m'étai^i encore rappelés par ee mois. Deux années auparavant^ dans le même meis d'ocffibi^^ tttt boibiiie veïttteux que jtieaerais s'était noyé par aesideat dans le Tesste. TMs ans auparavant^ au mois d'ectobfe^ Odoard^ Sviche^ jeoAe bomme qq^ j^aimais somme s^il eût été mon fiis^ s'était ti^é involontairement avee un fusil. Aux temps 4e ma première enfanee, une grave afflictiop mi'avait frappé au mois d''oetobre.
<^oique je jsb fusse pas superstitieux^ le souvenir de tant de malheurs arrivés dan« le même mois me remiait très^trfste.
En eaueafit i la fenêtre avee ces enCaats et avee mes oompaj^as de eaptivité, je feignais d^être joyeux; mais A peine rentré dans mon antre ^ un poids énorme de douleur me retombait sur Tàme.
Je prenais la plume pour écrire quelques vers^
iU MÉMOIRES
OU pour m'occuper à quelque autre composition littéraire^ et une force irrésistible me contraignait à écrire sur un autre sujet. C'étaient de longues lettres à mes chers parents , dans lesquelles je répandais tous les sentiments qui débordaient de mon cœur. Je les écrivais sur ma table ^ puis je les effaçais : c'étaient d'ardentes expressions de tendresse, de souvenir du bonheur que j'avais goûté dans le sein de ma famille, avec des frères et des sœurs si sensibles ; le regret que j'éprouvais de leur éioignement m'inspirait mille choses pas* sionnées. Après avoir passé des heures et d'autres heures encore à écrire, j'avais encore bien des sentiments à épancher.
Tout cela consistait à répéter ma biographie sous une forme nouvelle et à me faire illusion en me rappelant le passé , à me forcer à considérer des temps heureux qui n'étaient plus. Mais, mon Dieu, combien de fois, après avoir peint dans un tableau animé un trait de ma vie la plus fortunée, après avoir enivré mon imagination jusqu'à me croire avec les personnes avec lesquelles je parlais, je me souvenais subitement des lieux où je me trouvais ! et mes peines se réveillaient et devenaient plus cuisantes. Ces moments -là étaient vraiment affreux; je les avais déjà éprouvés plusieurs fois, mais jamais encore avec les convulsions qui me surprenaient alors.
J'attribuais ces convulsions et ces horribles an-
DE SILYIO PELUGO. 4^5
goisses à la trop \iYe excitation de mes sentiments, à cause de la forme épistolaire que je donnais à ces écrits, et parce que je les adressais à des personnes si chères;
Je voulais faire autrement^ et je ne le pouvais pas; je voulus au moins abandonner la forme épistolaire que je donnais à mes écrits, et je ne le pus pas; je pris la plume, je me mis à écrire, et le résultat fut toujours une lettre pleine de douleur et de tendresse.
Je ne suis donc plus libre de ma volonté? me disais -je; cette nécessité de faire ce que je ne voudrais pas est -elle un dérangement de mon cerveau? Cette pensée m'accablait. C'eût été une chose explicable dans les premiers temps de ma déteotion ; niais maintenant que je suis accoutumé à la vie des prisons, maintenant qxte mon imagination devrait être calmée, maintenant que j'ai nourri mon esprit de tant de réfieiions philosophiques et religieuses, comment suis- je devenu l'esclave des désirs aveugles de mon cœur? comgient ai-je pu redevenir enfant? Appliquons-nous à autre chose.
Je cherchais alors à prier, ou à m'oublier moimême dans l'étude de la langue allemande. Vains efforts! je me surprenais toujours à écrire une autre lettre.
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CHAHTRE XLII
Un semblable état est une vàritaible malade , je di?ai iBème Ub6 espèée de somilambuIisiBe; c^était saos doute Teiet d'oae ^«ide fatigue, qui avait pour cause les veilles ou utie perpétuelle te&sion d'esprits
Le mal s'accrut encore ; les nuits devini*ent une continuelle insomnie , le plus souvent aooorapagnée de fièvre* En vain je cessai de prendre dti ealé le soir, Tinsonmie était la mèmoà
Il me semblait que j'avais deux hommeâen moi 3 un qui voulait toujours écrire des lettrefet, et l'autife qui s'7 refusait. « Eh bien I disais-je, transigeons; écris encore des lettresi mais écris-les en alle«* mand; nous apprendrons ainsi cette langue. »
Depuis. ce temps j'écrivais tout en mauvais aile* rnand^ de cette manière je fis au moins quelques progrès dans l'étude de la langue allemande.
Le matin » après une longue veille> mot) cerveau épuisé tombait dans une espèce d'engourdissement ; alors, dans mes rêves ou plutôt dans mon délire, je croyais voir mon père, ma mère, ou quelque autre personne chère se désespérer sur ma destinée) j'entendais leurs tristes sanglots, et aussitôt je m'éveillais sanglotant moi-même et épouvanté.
Quelquefois, dans ces songes de courte durée,
DE SlLVlÔ PELLICO. i^l
Je croyais entendre ma mète oflWr des consolations aux autres^ en entrant avec enx dans ma prison^ et m'adresset les plus saintes paroles sur lé detoîr de la résignation. Et quand je me sentais plus fort de son courage et de celui des autres, soudain elle fondait en larme^^ et toiis pleuraient. Personne ne saurait exprimer quels déchirements ëproavait alors mon cœur.
Pour me sotlstraire à de si grands mauï, je résolus de ne plus me mettre au lit; j'avais de la lumièi^e pendant toute la nuit^ et je restais à ma table oeeupé à lire ôu à écrire. Mais quoi! il ve^ nait un instant où je lisais, bien éveillé, mais sans intelligence de rien, et où ma tète ne pouvait plus du tout mettre de Tordre dans mes petisées. Alors je eoj^isâs qoel^e chose; mais je copiais, et mon esprit pensait à tout attti*e objet qu*à ce que j'écriniÀ, il peâsait à tnés affections.
Cependant, si je me mettais au lit, c'était pis encore ♦. je tie pouvait souffrir aucune position; Cdiiché, je m'agitais par des mouvements convulsift, et je sentais la nécessité de me lever; ou bien, si quelquefois je dormais, des songes désespéfants me faisaient plus de mal que -la veille.
Mes prières élaietit arides, et néanmoins je les répétai» souvent. Je ne récitais pas beaucoup de paroles; tnais j'invoquais Dieu du fond de mon ocfeur^ ce Dieu uni à l'homme, et qui avait bien voulu éprouver les souffrances humaines.
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Duraot ces nuits borribljçs, mon imagination s'exaltait au point que je croyais^ quoique éveillé, entendre dans ma prison, tantôt des^gémi^sements^ tantôt des rires étouffés. Dès mon enfance je n'ai pas été crédule aux sorciers et aux esprits follets , et maintenanjb ces gémissements et ces rires me tourmentaient d'une manière indicible; je ne savais comment expliquer cela, et j'étais contraint de douter si je n'étais pas le jouet de quelque puissance mauvaise et invisible.
Plusieurs fois je saisis la lumière en tremblant, et regardai $ous mpn lit s'il n'y avait pas quelqu'un qui se j[ouât de moi. Plusii^urs fois je m'imagioai qu'ils m'avaient éloigné de ma première chambre, et placé dans celle-ci, parce qu'il y existait quelque trappe ou quelque ouverture se* crête dans les murs, d'où mes sbires épiaient tout ce que je faisais, pu se divertissaient cruellement de mes frayeurs.
Quand j'étais auprès de ma table , il me semblait que quelqu'un me tirait par mon habit, poussait un livre qui tombait à terre, ou qu'une personne derrière moi essayait d'éteindre mon flambeau. Alors je me levais précipitamment, je regardais tout autour de ma chambre, je marchais avec défiance, et m^ demandais si j'étais fou, ou si j'avais mon bon sens. Je ne savais plus distinguer la réalité de l'illusion au milieu de toutes ces illusions qui m'environnaient, et je m'écriais avec angoisse :
Deu8 meus, Deus meus, ut quid dereliquisii mef
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez -vous abandonné ? »