CHAPITRE XLVI
Mon imagination était encore vivement frappée d^ la vue de cet incendie ^ quand ^ quelques nuits «près (je ne m'étais pas encore mis au lit et j'étais resté à ma table à étudier, quoique transi do froid), tout k coup j'entends des voix s'élever : c'étaient celles du geôlier^ de sa femme, de leurs enfants et des seconds : Au feu! au feu I bien'heureuie Vierge! nau$ sommes perdus l
Le froid que je sentais disparut subitement. Je me levai tout en sueur, et regardai tout autour si l'on apercevait les ilammes. On ne découvrait rien.
L'incendie était dans le palais mème> dans quelques chambres voisines des prisons.
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Un des seconda a*] ait : Maître, que ferom^now de ces Messieurs que nous tenons en cage, si le feu fait des p7:bgrès?
Le geôlier répondait : Je n'ai pas le cœur, de les hisser brûler, et cependant je ne puis outmr la prison sans la permission de la commission. ,-«- A/- Ions, courage! vole demander cette permission. — J*t/ cours tout de suite; mais je crains bien que la réponse n* arrive pas à temps*
Et où "était cette héroïque résignation que je croyais posséder si certamement en pensant à la mort? Pourquoi l'idée de brûler vif me d(mnaitelle la fièvre? Ressent-on plus de plaisir à se laisser serrer la gorge qu'à se sentir brûler? Je pensais à cela ! J'eus honte de ma peur ; j'étais sur le point de crier au geôlier de m'ouvrir par charité; mais je me retins. Néanmoins j'avais peur.
Voilà, me dis-je , quel sera mon courage quand, échappé des flammes^ je me verrai condeit à la mort. Je me retiendrai, je cacherai aux yeux des autres ma lâcheté; mais je tremblerai. £t pour* tant n'est-ce donc pas encore du courage que d'agir, lorsqu'on éprouve des sentiments de crainte, comme si on ne les éprouvait pas? N'y a-i-il pas de la générosité à s'efforcer de dpnner volontiers ce qu'on a de la peine à donner? Obéir avec répugnance, n'est-ce pas néanmoins obéir?
Le trouble et la confusion étaient tels danjs la maison du geôlier, qu'ils indiquaient un danger
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toujours croissant. Et le second qui était allé demander la permission de nous faire sortir n'arrivait point ! Enfin je crus entendre sa voix. J'écoutai ; mais je ne pus distinguer ses paroles. J'attends, j'espère; c'est en vain, pesrsonne ne vient. Est -il possible qu'on n'ait pas accordé la permission de nous retirer du feu? et s'il n'y avait plus aucun moyen de s'échapper? et si le geôlier ne s'occupait qii' à se mettre hors de danger avec sa famille , sans plus penser aux pauvres prisonniers en cage?
Mais enfin, reprenais* je, ce n'est là ni de la philosophie, ni de la religion. Ne ferais -je pas mieux de me préparer à voir les flammes entrer dans ma chambre pour me dévorer?
Cependant le tumulte diminuait; peu à peu il cessa complètement. Était-ce une preuve que l'incendie avait cessé? ou bien tous ceux qui avait pu fuir Tavaient-ils fait, et ne restait-il plus que les victimes abandonnées à un destin si cruel?
La continuation du silence me calma : je jugeai que le feu devait être complètement éteint.
Je me mis au lit, et me reprochai comme une bassesse la peur que j'avais éprouvée. Maintenant que je ne craignais plus de brûler, j'étais fâché d'avoir été arraché aux flammes pour être tué quelques jours plus tard par la main des hommes.
Le matin du jour suivant, je sus de Tremerello quel avait été l'incendie; je me moquai de la peur qu'il me dit avoir eue, comme si la mienne n'eût
pas été égale à la sieniifi^ ou peut-ètie {dm graade* ,