CHAPITRE XLVII
Le 44 jaoTie? 4t9C^ \ers le$ nMf famies du matin ^ Tremerello saisit une occasioa pour venir à moi 9 et^ plein d^agttatîea^ il n^e dit :
« Monsieur sait41 que dana lile Saint^Miefael de Morano , à peu de distanee de Venise • il y a uoq prison où sont enfermés pdttt«*édre pins de orat carbonari?
-^ Yows me raves déjà dit ptuaieurs JBaia : eh bien!... que voules'^yettadti'el.* AUoiifi, paries* Il 7 a peut-être d'autres eondamnés!
— Précisément.
— Quels soBt^ibf «-- je ne le sais pas.
— Ne serait-ee pas xooa i&fi>rtàué MaronceUi f •^ Ahl Monsieur, je n'en sais rien, je n'en sais
rien, d
Et il se retira plein de tnauble, jetant sur mai des regards de compassion*
Peu d'instants après arriva le geôlier ^ a^oeiGk-* pagné des seconds et d'un konu&e que je n'avais jamais vu. Le geôlier paraissait interdit; l'inconnu prit la papels :
BE SliVIO fBU'IGO. lis
c Mms}eur> la commission ymis ordonne de venir avec moi.
«•^ Allons donc. Et votu^ qui êtes- vous?
— Je suis le geôlier des prisons de Saint-Michel, où vous devet être transféré. »
Le geôlier des Piombi remit mon argent à celui-ci. Je demandai et j'obtins la permission de faire quelques présents aux seconds. Je mis en ordre mes effets, je pris ma Bible sous mon bras, et je partis. En descendant rapidement ces escaliers sans fin, Tremerello me serra furtivement la main^ ce qui semblait vouloir dire : Malheureux, tu es perdu !
Nous sortîmes par une porte (}iii donnait sur la lagune, et là il 7 avait udq gondole avec deux seconds du nouveau geôlier.
Je montai dan^ la gondole, dgjjté par mille sea* timents divers : im certain regiiet d'abandonner les Piombi, où j'avais tant souffert, mais où j^ m'étais affectionné i quelqu'un, et où quelqu'un s'était affectionné à moi; le plaisir de me trouver içp plein air après une si longue r^clusioa, de voir le ciel^ la ville, les eaux, non plUfS à travers ces WLudits barreaux de fer ; le souvenir de la joyeuse gondole qui, dans des temp^ plus heureux, me balançait sur cette mém^ lagune; les gondoles dn^ lac à^ Cûme, du lac l^ajeur ^ les barques léguas du pô, du Rhône et de la Saône I... riantes années
iH MÉKOTKES
évanouies pour jamais! Et qui, dans le inonde, avait été plus heureux que moi? •
Issu des parents les plus tendres, dans cette condition qui n'est pas la pauvreté, et qui, se trouvant à une égale distance du pauvre et du riche, facilite la connaissance de ces deux positions, condition que je trouve ,1a plus avantageuse pour cultiver les affections; après les jours de ma première enfance, embellis parles plus tendres soins domestiques, j'étais allé à Lyon auprès d'un vieux cousin de ma mère, homme très-riche, et faisant un noble emploi de sa fortune* Là tout ce qui peut enchanter un cœur avide d'élégance et d'amour avait frappé Tardeur de ma première jeunesse. Je revins ensuite en Italie, et, demeurant à Milan avec mes parents, j'avais continué à étudier, à aimer la société et les livres, au sein d'amis choisis et d'applaudissements flatteurs. Monti et Foscolo, quoique ennemis entre eux , me montraient une égale affection. Je m'attachai davantage à ce dernier, et cet homme naturellement irascible, qui par Taspérité de ses manières s'attirait tant d'ennemis, était pour moi plein de douceur et de cordialité; de mon côté, je le révérais tendrement. Beaucoup d'hommes de lettres m'accordaient une affection que je m'empressais de rendre réciproque. Aucune envie, aucune calomnie ne vint m'assaillir, ou bien elles partaient de gens si méprisables, que leurs traits ne purent me nuire. A
BÉ SILTIO PtLITGO. fiS
la chute du royaume dltalîe, mon père avait transféré son domicile à Turin ^ suivi de toute sa famille; et moi^ retardant toujours pour aller rejoindre ces personnes chéries , j'avais fini par rester à Milan, où tant de. bonheur me souriait, que je ne pouvais me décider à l'abandonner.
Parmi tons les excellents amis que je possédais à Milan, trois se partageaient principalement mon cœur, don Pietro Borosieri , monseigneur Louis de Brème et le comte Louis Porro Lampertenghi ; après eux venait le comte Frédéric Gonfalonieri. M'étant chargé de l'éducation des deux fils de Porro, j'étais comme un père à leur égard, et comme un frère à l'égard de leur père. Cette maison était le rendez-vous non-seulement des esprits les mieux cultivés de la ville , mais encore d'une foule de voyageurs célèbres.
C'est là que je connus M"" de Staël, Schlegel, Davy, Byron , Hobhouse , Brougham et beaucoup d'autres personnages illustres des autres parties de l'Europe. Oh ! comme on est élevé et stimulé à ennoblir son esprit par la connaissance d'hommes de mérite ! Oui , j*étaîs heureux , je n'aurais pas changé mon sort pour celui d'un prince... Et d'un sort si fortuné tomber entre les mains des sbires, passer de prison en prison, et finir par mourir étranglé , ou périr dans les fers !
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