CHAPITRE L
Vers les neuf heures du matin, Maroucelli et moi nous fûmes placés dans une gondole et con-
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doits dans la ville. Nous abordâmes au palais du Doge, et nous montâmes à notre prison. On nous plaça dans la chambre où peu de jours auparavant était détenu Caporali; j'ignore où celui-ci fut conduit. Neuf ou dix sbires étaient là pour nous garder^ et nous , nous attendions en nous promenant l'heure où nous serions traînés sur la place publique. Nous restâmes longtemps à attendre. Ce fut seulement vers midi que parut l'inquisiteur^ qui nous ordonna de fe suivre. Le médecin se pré' senta^ et nous conseilla de boire un verre d'eau de menthe. Nous acceptâmes: et nous lui fûmes reconnaissants , non pas tant pour cela que pour la profonde compassion que ce bon vieillard nous témoignait* C'était le docteur Dosmo. Puis le chef des sbires s'avança et nous mit les menottes. Nous marchâmes à la suite^ accompagnés d'autres sbires.
Nous descencUmes le magnifique escalier des Géants ; notre mémoire nous rappela le souvenir du doge Marine Faliero, qui avait été décapité en cet endroit ; puis nous passâmes le grand portique qui de la cour du palais conduit sur la petite place; et, arrivés là, nous nous dirigeâmes à gauche, vers la lagune. Au milieu de la petite place était l'échafaud sur lequel nous devions monter. Depuis l'escalier des Géants jusqu'à cet échafaud il y avait une double haie de soldats allemands. Nous passâmes au milieu.
Quand nous eûmes franchi les degrés de l'écba*
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faud^ eu promenant nos regards nous vîmes la terreur planer sur toute la multitude. De différents côtés y dans le lointain^ nous apercevions encore des gens armés, et Ton nous dit plus tard qu'il y avait de tous côtés des canonniers, mèche allumée.
C'était cette même petite place où en septembre 1820^ un mois avant mon arrestation, un pauvre mendiant m'avait dit : a C'est ici un lieu maudit ! d
Je me souvins du mendiant^ et je pensai : Peutêtre se trouve-t-il au milieu de tant de spectateurs, et peut-être me reconnait-il.
Le capitaine allemand nous ordonna de nous tourner vers le palais et de regarder en haut. Nous obéîmes , et nous aperçûmes sur la terrasse un officier de justice avec une feuille de papier à la main. C'était notre sentence ; elle fut prononcée à haute voix.
Il régna un profond silence jusqu'à ces mots : Condamné à mort. Alors s'éleva un murmure général de compassion; puis suivit un nouveau silence pour entendre la fin de la lecture. Un nouveau murmure s'éleva encore à cette expression : Sont condamnés à la prison dure, Maroncelli pour vingt ans , et Pellico pour quinze^
Le capitaine nous fit signe de descendre. Nous jetâmes encore un dernier regard autour de nous, puis nous descendîmes. Nous rentrâmes d|ins la cour; nous montâmes de nouveau le grand esca-
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lier ; nous retoumâmes dans la chambre d'où nous étions partis; on nous Ata les menottes, et on nous reconduisit à la prison Saint-Michel.