CHAPITRE LVI
Quand un homme que nous avions d'abord jugé défavorablement est ensuite réhabilité dans notre esprit, alors, en remarquant sa figure^ sa voix.
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ses manières, il nous semble y découvrir des signes éyidents d'honnêteté. Cette observation est -elle une réalité? Je soupçonne que c'est une illusion : ce même visage, cette même voix^ ces mêmes manières paraissaient pour nous naguère des marques évidentes de perversité; notre jugement sur ses qualités morales s'est changé, et aussitôt les conclusions de notre science pbysiognomonique se sont aussi changées. Combien de figures nous vénérons parce que nous savons qu'elles appartiennent à des hommes de mérite, quand le même aspect extérieur n'est nullement propre à inspirer le respect dans d'autres personnes, et ainsi réciproquement ! J'ai ri une fois d'une dame qui, regardant un portrait de Catilina, et le confondant avec CoUatin, s'imaginait voir dans ses traits la sublime douleur de CoUatin après la mort de Lucrèce ; et cependant de telles illusions sont communes.
Ce n'est pas qu'il n'existe point de visages qui portent le sceau sacré de la bonté, et qu'il n'y en ait point d'autres dont le caractère de perversité respire le crime; mais je prétends qu'il y a un grand nombre d'expressions douteuses.
Enfin, ayant accordé mes bonnes grâces à Schiller, je le regardai plus attentivement, et son visage n'eut rien de choquant pour moi.
A vrai dire, au milieu beaucoup de rudesse, son langage offrait aussi bien des traits d'une ftme dûtingttée.
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« Caporal; comme vous voyez que je le suis, me disait-il, fai reçu pour retraite le triste emploi de geôlier, et Dieu sait si je n'éprouve pas plus de regrets qu'aux jours où j'exposais ma vie sur les champs de bataille. »
Je me repentis de lui avoir demandé à boire avec tant de hauteur, a Mon cher Schiller, lui dis-je en lui pressant la main^ vous le niez en vain, je sais que vous êtes bon, et, puisque je suis tombé dans un si grand malheur, je rends grâces au Ciel de vous avoir établi mon geôlier. »
Il écouta mes paroles, secoua la tète en se grattant le front, comme un homme tourmenté par une pensée importune.
« Je suis méchant. Monsieur; on a exigé de moi un serment que je ne violerai jamais. Je suis obligé de traiter tous les prisonniers sans avoir égard à leur condition, sans indulgence, sans souffrir d'abus, sans exception pour les prisonniers d'État. L'empereur sait ce qu'il fait, je dois lui obéir.
— Vous êtes un brave homme, et je respecterai toujours ce que vous regardez comme un devoir de votre conscience. Quiconque agit dans une conscience sincère peut se tromper, mais il est tonjours pur devant Dieu.
— Pauvre Monsieur, prenez patience et plaignez-moi. Je serai de fer dans l'exécution de mes devoirs; mais le cœurl... mon cœur est plein
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d'amertume de ne pouvoir soulager les infortunés. Voilà ce que je désirais vous dire. »
Nous étions émus tous les deux; il me pria d'être tranquille, de ne point me laisser aller à la fureur^ comme font souvent les condamnés^ et de ne point le forcer d'user envers moi de teaitements rigoureux.
Il prit ensuite un ton rude^ comme pour cacher une partie de ses sentiments. « U faut maintenant que je m'en aille.»
Il se retourna ensuite en me demandant depuis quel temps je souffraia de cette toux violente; puis il lança une grande malédiction contre le méde^ cin, parce qu'il ne venait pas ce mtAk même ma visiter,
« Monsieur est tourmenté par one fiàvre de cheval, ajouta-t-il; je m*7 entends, md. Vous auriez certainement besoin d'une paillasse; mai», puisque le médecin ne l'a pas ordcuané, nous ne pouvons pas vous la donner. »
^. U s'en alla, ferma la porte, et je m'étendis sni
i .' ces planches si dure»; j'étais dévoré par la fièvre ,
^ tourmenté par de gran<|es douleurs de poitrine;
r néanmoins j*étais un peu plus calme ; je me sen-
t. tais moins ennemi des hommes, moioa éloigné de
; Dieu.
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