CHAPITRE LIX
Cependant on nous préparait notre costume de prisonnier. Au bout de cinq jours on m'apporta le mien.
Il consistait en un pantalon de drap grossier, de couleur grise à droite, et de couleur capucine à gauche; un justaucorps avec des couleurs semblablement disposées, et un pourpoint offrant encore les mêmes couleurs, mais placées en sens inverse, c'est-à-dire la couleur capucine à droite, et la couleur grise à gauche. Les bas étaient de
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laiae grossière , la ebemisd en toile d'étoupe, .{daino de fêtas qui m'écorclmient : un vérifahlo eilice; au cou nous avions une crayate de même toile. Les bottines étaient de cuir brut et à lacets^ 1^ cbapeau était blanc.
Cette livrée était complétée par les fers que nous portions aux pieds , c'est*- à -dire nne chaîne qu) allait d'nna jambe à Tautre^ et dont tous les anneaux étaient fermés par un clou rivé sur Tenclume< L'ouvrier qui me fit cette opération dit à un garde ^ croyant q\Le je ne comprenais pas TaUe-* mand ; « Malade oomme il est^ on eût pu m'épargoer cette plaisanterie ; il ne se passera pas deux mois avant que l'ange de la mort vienne le délivrer.
— Mœchte es seyn I Plût au ciel, » lui dis-je en le frappant de la main sur Tépaule.
Le pauvre homme tressaillit et demeura tout confus; puis il ajouta :
« J'espère que je ne serai pas prophète, et que vous serez délivré par tout autre ange que celui-là.
•^ Plutût que de vivre ainsi, ne vous semblerait-il pas, lui répliquai -je, que celui même de la mort serait le bienvenu? b
U fit un signe de tète qui voulait dire oui, puis il se retira en compatissant à mes peines.
J'aurais volontiers quitté la vie; néanmoins je ne sentais aucune tentation de suicide* J'espérais que l'épuisement de la poitrine suffirait pour i&e délivrer. Dieu n'en décida pas ainsi. La fatigue du
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voyage m'ayait complètement abattu ^ le repos me procura quelque soulagement.
Quelques minutes après que TouTrier fut sorti de ma chambre, j'entendis le marteau retentir sur Fenolume dans le souterrain. Schiller était encore dans ma chambre^
< Entendez -vous ces coups? lui dis -je; ils mettent les fers à mon cher et infortuné Maroneeili. »
En prononçant ces paroles j'éprouvai un tel serrement de oœur, que je me sentis vaciller, et si le bon vieillard ne m'eût soutenu , je tombais. Je restai pendant plus d'une demi -heure dans un état qui semblait un évanouissement, mais qid n'en était pas un. Je ne pouvais prononcer aucune parole; mon pouls battait à peine, une sueur froide m'inondait de la tôte aux pieds , et cepen* dant j'entendais toutes les paroles de Schiller, et je possédais très-vivement le souvenir du passé et le sentiment du présent.
Le commandement du surintendant et la vigilance des gardes avaient jusqu'alors maintenu un silence parfait dans toutes les prisons voisines. Trois ou quatre fois j'avais entendu retentir à mes oreilles le refrain de quelques chansons italiennes^ mais aussitôt une voix tonnante avait imposé un rigoureux silence. Il y avait des sentinelles placées sur le terre - plein en face de nos fenêtres , et une était postée dans notre corridor même; elle mar-
cbait toujours en prêtant l'oreille à chacune des portes pour étoufTer le moindre murmure.
Un jour, vers le soir (chaque fois que cette pensée se présente à ma mémoire, je sens se renouveler les palpitations que j'éprouvai alors), les sentinelles, par un heureux hasard, furent moins attentives, et j'entendis commencer et finir les couplets d'une chanson italienne avec une voix émue, claire néanmoins, dans une prison voisine de la mienne.
Oh ! quelle joie inonda mon cœur ! que j'étais délicieusement émul
Je sautai de dessus ma paillasse, je prêtai l'oreille, et je ne pus maîtriser mon attendrissement; je pleurai.
« Qui es-tu, infortuné? crial-je; qui es-tu? dismoi ton nom. Je suis Silvio PelUco.
— Silvio! cria mon voisin, je ne te connais pas de figure ; mais je t'aime depuis longtemps. Allons à notre fenêtre, et échangeons quelques paroles, malgré la surveillance des sbires. »
Je me cramponnai à ma fenêtre, il me dit son nom, et nous versâmes dans notre cœur le précieux baume de quelques paroles amies.
G*était le comte Antonio Oroboni, natif de Fratta, près de Rovigo, jeune homme de vingt-neuf ans.
Hélas l nous fûmes bientôt interrompus par les hurlements menaçants des sentinelles; celle du corridor frappait durement de la crosse de son
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fusil tantôt ma porte, tantôt celle d'Oroboni. Nous ne voulions pas^ nous ne pouvions pas obéir; cependant les malédictions et les blasphèmes de ces gardes devinrent tels, que nous cessâmes , dans la résolution de reprendre notre conversation quand les sentinelles seraient changées.