‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 65 sur 94 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

Un soir. Oroboni et moi nous étions à notre fenêtre, et nous nous plaignions tous deux d'être dévorés par la faim. Nous élevâmes un peu trop la voix, et les sentinelles crièrent. Le surintendant, qui par malheur passait de ce côté, crut qu'il était de son devoir de faire appeler Schiller, et de lui reprocher d'une manière sanglante de ne pas veiller avec soin à nous faire observer le silence.

Schiller accourut avec une vive colère s'en plaindre à moi, et m'ordonna de ne plus parler jamais de ma fenêtre. Il voulait que je lui en fisse la promesse.

« Non, répondis-je, je ne veux pas vous le promettre.

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— OhJ der Teufel! der Teufell (UMbï diable!) à moi vous osez dire : Je ne yeux pas ^ à moi qû Tieus de recevoir une terte réprilnande peur Famour devons!

— Je vous plaind » mon efaer Schiller f fié la réprimande que vens vebeÊ d'éprouvei'; féû suis vraiment fàebé ; mais je ne yeux pà» faire tint promesse que je ne peurrais tenir.

•^ £t pourquoi ne la tiendriesc^ydiis pas?

— Parce que je ne le pourrais pas; pa^ qtte li solitude continuelle est pour moi un supplice si cruel^ que je ne pourrais jamais résister au besoin de laisser écbapper de mes lèvres quelques paroles^ d'inyiter mon ^qisiii à Uè fép6ndrë ; et si mon yoisin gardait le silence, j'adresserais la parole aux barreaux de ma fenêtre, aux cellkies qui sont , devant moi , aux oiseaux qui yolent dans l'air*

— Der Teufel! et vous ne ye,ule2 pas me le promettre )

— Non ! non! » m'écriai- je*

Il jeta à terre son trousseau énorme de elefa ^ laissa écbapper une larme et m'embrassa.

a Est-ce que j'ai dépouillé les sentiments d'un homme pour ces maudites clefs? Voua frtes un homme comme il faut ^ et je vois avec plaôsir que vous ne voulez pas me promettre ee que yens ne pourriez tenir. Je ferais de même, moi. »

Je ramassai les clefs, et je les lui offris.

a Ces clefs ^ lui dis-je, ne sont pas si maudkeê:

DE SIL¥TO VSIiLICO. 197

puisque, d^un honnête caporal -que vous êtes, elles n'ont p)i f^jr^ un sbif^ iqtipitoyable.

— Et si je croyais, répliqua-t-il, qu'elles pussent me conduire là, je les porterais à mes chefs, et leur dirais : Si vous ne voulez me. donner du paia qu^à titre de bourreau, jlrai demander l'aumône. »

11 tira son mouchoir, s'essuya les yeux; puis^ les levant au ciel et joignant les mains, il semblait faire une prière. Je Joignis aussi mes mains, et m'unis à sa prière. Il comprenait que je formais des vœyx ardents pour son bonheur, comme il en (oraiait pour le mien.

fin se retirant il me dit à demi- voix : « Quand vous converserez avec le comte Oroboni , parlez le plus doucemeiit possible. Vous ferez ainsi deux bonnes actions à la fois : d'abord vous m'épargnerez les réprimandes du surintendant, ensuite vous ne feres pas eptendre..., doi^-je le dire?... quelque discours imprudent qui, étant rapporté, ne pourrait qu'ireiter davantage celui qui peut punir. »

Je lui assurai que nos lèvres ne laissaient échapper aucune parole dont la révélation pût offenser qui que ce fftt.

Nous n'avions pas besoin, en effet, de conseils pont être prudents. Deux prisonniers qui communiquent entre eux savent très-bien se créer un jargon avec lequel ils peuvent dire tout^ sans pouvoir être compris de personne.

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