‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 66 sur 94 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

Je revenais un matin de ma promenade accoutumée; c'était le 7 août. La porte de la prison d'Oroboni était ouverte, et Schller, qui s'y trouvait , ne m'avait pas entendu venir. Mes gardes veulent me devancer pour fermer cette porte, mais je les préviens; je m'élance soudain dans les bras d'Oroboni.

Scbiller fut tout interdit ; il se mit à jurer et leva le doigt pour me menacer; mais ses yeux se remplirent de larmes, et il s'écria d'une voix coupée par ses sanglots : « mon Dieu i faites miséricorde à ces pauvres jeunes gens, et à moi, et à tous les infortunés, vous qui avez aussi tant souffert sur la terre. »

Les deux gardes ne pouvaient non plus retenir leurs larmes. La sentinelle du corridor, accourue à cette scène, fondait aussi en larmes. Oroboni me disait: a Silvio, Silvio, aujourd'hui est le jour le plus précieux de ma vie ! » Je ne sais ce que je lui dis, j'étais hors de moi, dans l'ivresse de la joie et de la tendresse.

Quand Schiller nous ordonna de nous séparer, force fut de lui obéir. Alors Oroboni laissa couler un long ruisseau de larmes, et dit : Nous ne nous reverrons plus sur la ferre !

DE SILTIO PBLLIGO. iW

Et^ en eflfet, jd ne le revis plus jamais. Quelques mois après sa chambre était vide, et Oroboni reposait dans le cimetière situé devant ma fenêtre.

Depuis que nous avions pu nous voir un instant, il semblait que les liens de notre amitié fussent devenus plus étroits qu'auparavant; il semblait que nous nous fussions devenus réciproquemeot plus nécessaires.

Oroboni était un beau jeune homme ^ d'une figure distinguée, mais paie et de mauvaise santé. Ses yeux seuls étaient pleins de feu et de vie. Mon affection pour lui était encore augmentée par la compassion que m'inspiraient sa faiblesse et sa pâleur.

Il éprouvait les mêmes sentiments à mon égard. Tous deux nous comprenions qu*il était vraisem- Idable que bientôt il était réservé à l'un de nous de survivre à son ami.

Peu de jours après il tomba malade. Je ne faisais plus qae gémir et prier pour lui. Après avoir éprouvé quelques accès de fièvre, il recouvra de nouveau ses forces et put revenir à nos entretiens, si pleins de charmes pour Tamitié. Oh ! comme j'étais consolé en entendant encore les doux sons d'une voix amie I

cNe t'abuse pas, me disait-il, ce sera pour peu de temps; aie le courage de te préparer à me perdre, ranime mon courage par le tien. »

Vers ce temps on voulut blanchir les murs de

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AfitfB iM^ison , et YmsL ^ûus transféi) da&s tes souterrains. Durant ce temps nous f&raes n^alhen^ reusement séparés. Schiller ma disait qn'Oroboa| §e portait bien ; mais jp na pouvais ipe déeidèr à eroire qu'il m'avouât la vérité , et je craignais que cotte santé ^i fragile jxb s'pltérât encore dans ces bumides et obscurs cachots.

Si j'avais eu la consolation de devenir le voisii} de moQ cher Maronc^lli ! J'entendis pourtant sa voix. Nous nous saluâmes en chantant ^ malgré les eiis des gardes.

Da^s ce tenips nous reçûmes la visit^ du premier médeda de Briion, envoyé peut- être par suite des relations que faisait à Vienne le surin? tendant des prisons au sujet de Teitrème faiblesse oà nous étions tous réduitfi par la privation de nourriture^ ou plutèt parce qu'alors dans la mai-* son régnait un scorbut très-épidémique.

Ke connaissant pas le motif de cette visite^ je ni-iip^gin^i quê c'était â cause d'une nouvelle ma- Udiiei d'Qroboni. La orainie de le p^rQ me don- Pftil aoe inquiétude inexprimable. Je fus alors i^mvvis p%r une noire mélancolie, et j^eus le désir d«» mourir. La pensée du suicide fut sur le point d'entrer dans mon cœur. Je la repoussai; mais j'éfais aoinme un voyageur fatigué qui se dit i luimême : C'était mon devoir de marchep jusqu'au but , et qui éprouve un sentiment irrésistible de se jeter à ter^e et de se reposer.

DE SnTlO tBIXICO. 201

Oq m'avait dit que depuis peu un vieux Bohémiep e'ét^it tué dans un de ces obscurs cachots en sa frappant la tète contro les murs. Je ne pouvais ebfssitr de mon imagination la tentation de Yimir tep* Je P9 sais quelle eût été Tissue de mon désir, quand un grand vomissement de sapg me fit croire que ma mort éfait proebaine. Je rendis gritoes à Dieu , qui voulait bien ainsi me délivrer de la vie ^ et je réprouvai un acte de désespoir que ma raison e^odampait*

Dieu néanmoins voulut me conserver ; ce vqpissement de saQg m$ soulagea. Bientèt je fus flonduit im% h wmu que j'avais déjà bahitée, et rinflu^nœ de la lumiéie plus abondante, ainsi que le ifoiaîpage de mon cber Qroboni, ipe fit fti»* eore fimer la vie.

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