CHAPITRE LXVII
Je lui parlai de la ipélancolie pleine de crainte et d>nxiété que j'avais éprouvée après notre gér paration. Il me dit qu'il levait m égalemewt à combattre dans çon cteu? la pf ns^e du suicidp.
a Mettons à profit , me disait-il > le peu de temps qui nous est encore doppé, pour ^PUS fortifier et nous consoler mutqel|ement à l'aide de la religion. Parlons de Pieu , ranimons spp amour dans
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uos cœurs; rappeloiis-m)us qu'il est la justice, la sagesse, la bonté, la beauté; qu'il est ce que nous pouvons admirer de plus parfait et de plus sublime. Je te dis en vérité que la mort n'est pas éloignée de moi. Je te serai éternellement reconnaissant si tu peux réussir à me rendre dans mes derniers jours aussi religieux que j'aurais dû l'être toute ma vie. »
La matière la plus ordinaire de nos discours était la philosophie chrétienne et la comparaison que nous établissions entre elle et la frivolité de la doctrine sensualiste. Nous étions charmés de voir cette conformité entre le christianisme et la raison ; en confrontant les diverses communions évangéUques, nous voyions que le catholicisme seul est à l'abri de toute saine critique^ et que sa doctrine renferme les dogmes les plus saints et la morale la plus pure, débarrassée des misérables productions de l'ignorance humaine.
et Et si, par un hasard invraisemblable ^ nous étions rendus à la société^ disait Oroboni, serionsnous assez pusillanimes pour ne pas confesser l'Évangile? pour prendre ombrage si quelqu'un venait à s'imaginer que la prison a aflPaibli notre esprit, et que c'est par faiblesse que nous sommes devenus plus fermes dans notre foi?
— Mon cher Oroboni , répondis-je, ta demande m'indique ma réponse, et je pense comme toi. Le comble de la lâcheté et de la bassesse, c'est d'être
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esclave des sentimeats d'autrai., quand on est persuadé de leur fausseté et de leur frivolité. Je ne crois pas qu'un de nous soit capable d'une pareille lâcheté. »
Dans ces épancbements de cœur je commis une faute. J'avais juré à Julien de ne révéler à personne, en faisant eonndtre son véritable nom^ les relations que nous avibns liées ensemble. Je les racontai à Oroboni en lui disant : a Dans le monde^ mes lèvres ne laisseraient pas échapper ces paroles; mais maintenant nous sommes ensevelis dans le tombeau^ et quand même nous pourrions nn jour en sortir, je sais que je peux compter sur ta discrétion. »
Cette bonne âme gardait un profond silence.
« Pourquoi ne me réponds-tu pas? » lui demandai -je.
Enfin il se mit à me blâmer sérieusement d'avoir violé mon secret. Son blâme était fort juste : aucune amitié^ quelque intime qu'elle puisse être, quelque fondée qu'elle soit sur la vertu, ne peut autoriser la violation d'un secret.
Mais puisque la faute était commise. Oroboni sut en tirer un bien. Il avait connu Julien, et il savait quelques traits honorables de sa vie ; il me les raconta en ajoutant : «. Cet homme a fait si souvent des actions dignes d'un chrétien, qu'il ne peut conserver sa fureur antireligieuse jusqu'au tombeau. Espérons, espérons qu'il en arrivera
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