CHAPITRE LXXVI
Au commencement de TaûMée 1824 > les chambres de la chancellerie ^ avec quelques autres qui y étaient attenantes^ furent converties en prisons. Hélas! nous comprimes qu'on attendait d'Italie de nouveaux condamnés pour crimes d'État.
En effets arrivèrent les condamnés d'un troisième procès : c'étaient des amis, des connaissances. Oh I quelle fut ma douleur quand j'appris leurs noms! Borsieri était un de mes plus anciens amis; j'étais' attaché à Gonfalonieri depuis moins longtemps^ mais je l'aimais de tout mon cœur. Si en me condamnant à la prison très-dure ou à quelque autre supplice imaginable j'avais pu les délivrer de leur prison , briser leurs fers. Dieu sait si je ne l'eusse pas fait. Je ne dis pas seulement que j'eusse sacrifié ma vie pour eux; et qu'est-ce donc que donner sa vie? Souffrir, c'est bien plus.
J'aurais eu alors grand besoin des consolations du P. Baptiste; mais on ne lui permit plus de venir.
On reçut de nouveaux ordres pour exercer une discipline plus sévère. Ce terre -plein qui nous servait de promenade fut d'abord ceint d'une palissade, de façon que personne ne pouvait nous
DE SILVIO PELLICO. 2i9
apercevoir, pas même de très- loin à l'aide d'un télescope. Aussi pous fiïmes privés du magnifique spectacle des collines qui nous environnaient et de la ville située à nos pieds;. cela ne put suffire. Pour alkr à ce terre-plein , il fallait, comme je l'ai déjà dit, traverser la cour, et là beaucoup de personnes pouvaient nous voir. Afin de nous cacher à tous les regards, on nous ravit ce lieu de promenade, et on nous en accorda un autre trèslimité, contigu à notre corridor, et situé au nord, comme nos chambres.
Je ne puis dire combien nous fûmes afCiigés de voir changer le lieu de notre promenade. Je n*ai pas fait connaître tout ce qui pouvait nous soulager et nous fortifier dans ce lieu : la vue des enfants du surintendant , leurs tendres embrassements dans les lieux mêmes où nous avions vu leur mère quelques jours avant sa mort; quelques paroles que nous pouvions échanger avec le forgeron, qui avait établi là son domicile; les joyeuses chansons d'un caporal qui pinçait de la guitare.