CHAPITRE LXXVIII
Dans le courant de Tannée 1825, on trouva que Schiller était trop affaibli par les années^ et on lui confia la garde d'autres prisonniers qui demandaient moins de surveillance que nous probablement. Comme j'éprouvai de la peine quand il s'éloigna de nous, et comme le cœur du pauvre vieillard se fendit quand il nous quitta!
Kral fut d'abord son succe?seur; il ne lui cédait
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pas en bonté de caractère. Mais il eut bientôt une nouvelle destination^ et il fut remplacé par un autre qui n'était pas méchant, mais qui ne nous donna jamais le moindre témoignage d'affection.
Ces changements m'attristèrent profondément.
Schiller, Kral etKubitzki, mais parliculièrement les deux premiers, nous avaient assistés durant nos maladies avec l'affection et les soins d'un père ou d'un frère. Incapables de manquer à leur devoir, ils savaient le remplir sans dureté de cœur. S'il y avait quelquefois quelque rudesse dans les formes , c'était toujours involontairement, et puis les actes bienveillants qu'ils nous prodiguaient faisaient tout oublier. Je m'irritai quelquefois contre eux ; mais avec quelle cordialité ils me pardonnèrent ! Comme ils s'efforçaient de nous convaincre qu'ils n'étaient pas sans affection pour mus ! Comme ils étaient satisfaits de voir que nous en étions persuadés^ et que nous les estimions gens de bien !
Après qu'il fut éloigné de nous , plusieurs fois Schiller tomba malade et recouvra la santé. Nous demandions de ses nouvelles avec une anxiété filiale. Pendant sa convalescence, il venait souvent se promener sous nos fenêtres. Nous toussions pour le saluer ; il nous regardait avec un sourire mélancolique; puis il disait à la sentinelle, de manière à ce que nous pussions l'entendre : Da stnd meine Sœhne ! « Ce sont là mes enfants î »
Pauvre Tieillard t que je souffrais en te voyant traîner avec peine ton corps affaibli par l'âge ^ et que j'aurais déâré pouvoir te soutenir dans mes bras!
Quelquefois il s'asseyait sur l'herbe et lisait ; c'étaient les livres qu'il m'avait prêtés* A6n que je pusse le reconnaître y il en lisait le titre à la sentinelle^ ou en lisait quelques passages à voix baute. Le plus souvent ce n'étaient que des contes d'almacacbs ou des romans moraux sans grande valeur littéraire.
Après plusieurs attaques d'apoplexie, il se fit transporter à l'hôpital militaire. Son état était déjà désespéré; il ne tarda pas à rendre le dernier soupir. Il possédait une centaine de florins^ fruit de ses longues épargnes; il en avait prôté la plus grande partie à quelques-uns de ses frères d'armes. Quand il se vit sur le point d'expirer, il fit venir ses amis^ et leur dit : oc Je n'ai plus de parents^ que chacun de vous garde ce que je lui ai prêté. Seulement priez Dieu pour moi. b
Un de ses amis avait une fille de dix-huit ans^ dont Schiller avait été le parrain. Quelques instants avant sa mort , ce bon vieillard la fit appeler. Il ne pouvait plus prononcer de paroles distinctes; il tira de son doigt un anneau d'argent^ sa dernière richesse, et le lui donna; pois il l'embrassa en pleurant. La pauvre fille poussait des cris déchirants^ et l'inondait d^ ses pleurs. Il
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Miuya lui-même tes pleurs avec son mouchoir. Il prit tes mains et les mit sur ses yeux... Ces yeux étaient fermés pour toujours!...