‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 89 sur 94 · CHAPITRE XCI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCI

Pord^ione, Conegliano, Ospedaletto, Viceoce^ Vérone 9 Mantoue^ rappelaient tant dé souvenirs à mon cœuri Un de me& amis, jeune homme de mérite y naquit dans la première de ces villes, et périt ensuite dans les désastres de la Russie. Gonegliauo était le pays où les secondini dei Piomln m'avaient dit que Zanze avait été conduite. A Ospedaletto s'était mariée ime créature angélique morte aujourd'hui^ que j'avais longtemps vénérée et que je vénère encore. Tous ces lieux faisaient renaître pour moi des souvenirs plus ou moins chers , et Mantoue plus qu'aucun autre endroit. U me semblait que c'était hier que j'y étais venu avec' Ludovico, en 4815^ et ensuite avec Porro, en im>.

Les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes palais, et tant de difiérences sociales! tant d'amis enlevés parla mort! tant de malheureux languissant dans Texil 1 Une génération entière de jeunes gens que j'avais vus dans la première enfance I Et ne pouvoir voler à cette maison ou à cette autre ! ne pouvoir parler de tel ou tel ami !

Et, pour comble de chagrin, Mantoue était le

DE SILVIO FSLUGO. 374

point à% séparation pour Ifaroneelli et pour moi. Nous 7 passâmes tous deux une longue nuit^ plongés dans la plus profonde tristesse. J'étais agité comme un homme à la veille d'entendre sa condamnation.

Le matin je me lavai la figure , et je regardai dans la glace s'il y avait encore des traces des larmes que j'avais versées. Je pris comme je pus un air gai et souriant; j'adressai à Dieu une courte prière, remplie de beaucoup de distractions, et entendant Maroncelli^ qui déjà venait sur ses béquilles et parlait au domestique ^ j'allai l'embrasser. Tous deux nous paraissions pleins de courage pour supporter cette cruelle séparation; nous nous parlions avec une voix un peu émue , mais néanmoins forte et vigoureuse. L'oi&cier qui devait le conduire aux confins de la Romagne était arrivé; il allait partir; nous ne savions presque quelle parole nous adresser; nous nous embrassions > et nous nous embrassions encore. Il monta en voiture et disparut; et je restai comme anéanti.

Je revins dans ma chambre^ je me jetai à genoux, et je priai pour le malheureux mutilé, séparé de son ami ; puis mes larmes coulèrent en abondance, et des sanglots s'échappèrent pressés de ma poitrine.

J'ai connu bien des hommes excellents , mais jamais aucun plus affectueusement sociable que Maroncelli; aucun mieux instruit à tous les égards

de la politesse^ plus exeippt des aecès d'une humeur chagrine et sauvage; aucun se souvenant aussi constamment que la vertu consiste dans de continuels exercices de tolérance, de générosité et de sagesse. pauvre compagnon de mes loognes années de captivité et de douleur, que le Ciel te bénisse dans les lieux où tu respires ! qu'il te donne des amis qui m'égalent en affection et me surpassent en bonté !

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