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VUE GÉNÉRALE

C'est une habitude bien entendue pour le voyageur, dès qu'il arrive dans une ville pour lui encore inconnue, de gravir quelque point culminant, soit une tour, soit un mont voisin, d'où il peut se rendre compte de la position graphique; puis, de parcourir en divers sens les rues et les places publiques, pour saisir sur le fait la physionomie locale. Cette reconnaissance préalable dispose, convenablement à un examen plus approfondi. En procédant ainsi du simple au composé, de l'ensemble aux détails, on juge plus vite et mieux, on met un ordre logique dans le plaisir que donne la nouveauté des objets. •

Si nous nous plaçons par la pensée sur la colline de San-Miniato al Monte, qui domine Florence, de là notre vue embrasse à la fois le val d'Arno, où la noble cité

(1) Ceci est lire de VI folie pittoresque, publiée en 1835 par A. Costes, un volume grand in-octavo. Cinq livraisons de cet ouvrage contiennent, sous le mCme nom d'auteur, les ai l\c\e^lloule de Genève au Mont-( ciris, Ferrare et Bologne, Toscane.

15G surnoms

semble une beauté quelque peu sévère, se reposant appuyée sur des coussins de verdure, et se mirant dans les eaux paisibles de son fleuve.

Une multitude de charmants casins, qu'on peut bien justement nommer maisons de plaisance , disséminés sur les coteaux, font comme un cortège à Florence la belle , se rapprochent d'elle, l'entourent et la continuent.

Le tout est entremêlé de jardins où croissent ensemble le mûrier, l'olivier, l'oranger, le myrte, l'aloès, des arbres toujours verts, mille plantes et fleurs méridionales. Ce val d'Arno, si privilégié, est tout imprégné de parfums-.aussi Florence avait-elle autrefois dans ses armoiries un lys couché sur des roses.

L'Arno, bordé de quais et de palais somptueux, est coupé par quatre ponts; celui délia Caràja, qui joint le quartier de Saint-Esprit au populeux faubourg d'Ognissanti ; celui de la Trusté, tout entier de marbre blanc ; le Ponâ-Vccchio, qui est couvert, et dont l'aspect est singulièrement pittoresque; enfin, un quatrième, hors la ville.

Par-delà le pont de la. Caraja, sur la rive droite du fleuve, s'étend l'ondoyante verdure des Cascine, délicieuse promenade, chère aux Florentins.

La ville est pavée de larges dalles, ceinte de murs crénelés; ses partes, flanquées de tours, ont la couleur sombre du moyen âge : une seule , plus moderne , celle

de Sun-Gallo, ouverte sur la route de Bologne, se présente sous la forme d'un arc de triomphe.

Dans l'enceinte presque ovale surgissent çà et là les campaniles et les dômes des églises, les faîtes élevés des nombreux palais, édifices dont l'architecture mâle impose l'admiration.

Chaque ville d'Italie a son caractère propre, qui la distingue des autres; revêtue d'un sceau particulier, chacune est un type. Gênes ne ressemble pas à Milan, Venise à Bologne, Rome à Florence. Si cette différence marquée provient, à n'en pas douter, de la division du pays en plusieurs nations, il en résulte en même temps un intérêt croissant et varié pour l'observateur attentif. Florence est très spécialement remarquable par son style à elle, à bon droit appelé style toscan, genre d'architecture caractéristique, dont les qualités constitutives sont la solidité, la régularité, l'unité. Les principales constructions, et notamment les palais de l'ancienne noblesse, signoria, appartiennent au temps de la renaissance ; elles sont d'une manière formée de manières diverses, d'un goût choisi entre plusieurs goûts : c'est une architecture en quelque façon éclectique, où le choix a été fait avec un discernement assez exquis pour ne pas perdre le mérite de l'originalité. Les vieux palais florentins ressemblent extérieurement à des chateauxforts: ils sont, à vrai dire, des citadelles ornées, très eu-

rieuses, sous ce rapport qu'elles offrent expressément l'histoire monumentale d'une époque de guerres civiles. Le moyen âge a, ce nous semble, cet intérêt de plus que l'antiquité, qu'il est plus près de nous, et nous retrace des mœurs dont la tradition est moins égarée. Considérée sous le point de vue architectural, Florence a cela de singulier , qu'elle exprime simultanément le moyen âge lié aux âges récents, la renaissance immédiatement rattachée à la civilisation avancée. En effet, les constructions modernes, si différentes des anciennes, quoique dans le même principe, s'entremêlent tellement avec ces dernières, qu'on croit voir deux villes fondues en une seule. Il résulte de cet amalgame, qui n'a pourtant rien d'incohérent, l'avantage de lire à la fois et sans transition dans le passé et dans le présent. Cela donne à l'ensemble de Florence un aspect tout exceptionnel, et à son étude un attrait philosophique que nulle autre ville ne saurait présenter au même degré. C'est non-seulement l'histoire de l'art, mais encore l'histoire des mœurs écrite sur les monuments.

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