SGUVKMR
dilection marquée pour l'église de Santa-Maria Xovella, qu'il se plaisait, dit-on, à nommer son épouse, la sposa. Elle est très remarquable, en effet, par l'élégante simplicité de son architecture , intéressante surtout par les peintures dont elle est décorée, et qui exposent l'histoire de l'école florentine, ses commencements, ses progrès, ses triomphes. Toutefois, en payant un tribut mérité d'admiration à ce bel édifice du xive siècle , on ne se rend pas nettement compte de la préférence que lui aurait accordée Michel-Ange. Ce mot de la sposa pourrait être un de ces propos qu'on attribue souvent à tort aux hommes célèbres , et qu'on a «consacrés à force de les répéter.
Comme édifice gothique , et en même temps comme collection de peintures anciennes, l'église du Saint-Esprit, lo Spirito Santo, sur la rive droite de l'Arno, offre peutêtre un double intérêt , plus réel encore que Sainte- Marie-Nouvelle. Brunelleschi fut l'architecte du Saint- Esprit. Le vaisseau de ce temple chrétien, en forme de croix latine, a de la grandeur et de la majesté ; ses colonnades corinthiennes sont dans les meilleures proportions; les vieux maîtres de la peinture y commandent l'attention la plus spéciale des vrais dilettanti. Là se montrent avec leur naïveté souvent raide et sans grâce, mais souvent aussi remplie d'un charme indicible , les Giotto , les Masaccio, les Cimabuë, les Pérugin, et toute cette école
de renaissance trop peu généralement appréciée, qui a devancé le messie des arts, le divin Raphaël.
Mais voulez-vous de la naïveté avec de la grâce , de l'expression naturelle, du sentiment accentué, sans recherche d'effet; voulez-vous de la peinture qui vous arrête immobile, qui vous aille au cœur, et vous fasse penser profondément; allez voir André del Sarto à YAnnunziata. Dans le cloître vous pourrez contempler à votre aise la fameuse Madonna del Sacco, que le temps malheureureusement altère de plus en plus tous les jours. Cette fresque a été trop vantée; ce qui ne l'a pas été assez, ce sont les peintures*qui ornent le péristyle de cette même église, au dedans si brillante et si parée. Le Sarto a représenté, sur les murs , divers sujets tirés du Nouveau- Testament, la Nativité delà Sainte-Vierge, l'Annonciation, l'Adoration des Mages, etc. La simplicité de ces compositions, celle même de l'exécution, toucheraient le plus insensible. C'est de la peinture qui se comprend de suite, et qui, pour être en quelque sorte populaire, n'en atteste pas moins une habileté infinie ; c'est le beau idéal de cet art appliqué à l'expression des croyances chrétiennes.
Pour signaler au voyageur toutes les plus belles églises de Florence, il faudrait encore lui servir de cicérone à San-Marco, qui contient les tombeaux d'Ange Politien et de Pic de La Mirandole ; il faudrait aussi l'entretenir du
monastère délia Maddakna de' Pazzi, del Carminé, etc. Je ne me suis peut-être déjà que trop oublié dans les églises, et pourtant je m'attache à être sobre des détails qui se présentent en foule. La prolixité trouverait au besoin son excuse dans l'abondance des objets ; je l'ai déjà dit ailleurs, à propos de Sainte-Croix :
«Les églises sont si multipliées en Italie, si généralement remarquables comme œuvres d'art, d'une importance morale si marquée dans un pays où aucune idée n'a long-temps germé que sous l'immédiate influence du catholicisme, qu'il est impossible de se taire sur ce qui constitue à ce point une nation, sur ce* qui la fait être ce qu'elle est. Cette belle Italie n'a plus guère de renommée un peu moderne, que la gloire de quelques poètes, celle
que lui ont léguée des architectes, des sculpteurs, des peintres, et les monuments religieux y sont des archives qui, consacrées à Dieu, honorent l'humanité (1). »
Mais hélas ! il est pénible d'ajouter que les arts, si brillants jadis en Toscane, ne sont plus guère qu'une tradition qui fait honte au présent. Appauvri, le siècle actuel nous offre jusqu'ici un seul peintre digne de ce nom, Benvenuti ; un sculpteur, .Bartolini ; un graveur, Raphaël Morghen (encore était-il Irlandais d'origine) ; un poète,
(1) Souvenirs d'Italie , page 153.
l'auteur d'Aristodème, Nicolini. Quant aux sciences, elles ont présentement trois hommes à citer en première ligne, Nobili, Mustoxidi, Libri. Ce que produit l'Académie délie Belle- Arti est d'une médiocrité qui étonne l'étranger, et doit mettre la rougeur sur le front de tout vrai Toscan.
L'Académie délia Crusca ne vit plus que sur son ancienne réputation, et, pour être Cruscayte, il n'en résulte pas qu'on soit bon écrivain. Animés d'une ardeur juvénile, quelques littérateurs nouveaux, à Florence, à Pise, et même dans l'exil, ont l'ambition patriotique d'honorer la jeune Italie ; mais on connaît plusieurs efforts que leurs succès. C'est là une bien insuffisante réprésentation du passé, un pâle reflet de la gloire d'autrefois.