‹ Mosaïque littéraireChapitre 53 sur 56 · LOUISE, SINCLAIR · texte numérisé non relu

LOUISE, SINCLAIR

SINCLAIR

Croyez-le bien , mademoiselle , fidèle à l'engagement que j'avais pris avec moi-même , de ne plus paraître devant vous , je ne serais pas revenu, si je n'eusse éprouvé le désir de voir encore une fois monsieur votre père. Quoique je ne puisse perdre de vue qu'il a concouru à la trahison dont je suis victime , je ne dois pas oublier non plus que, dans un temps plus heureux, il m'avait accordé son amitié.

LOUISE

Ainsi donc , c'est pour mon père que vous revenez , ce n'est pas pour moi.

SINCLAIR

N'en doutez pas.

LOUISE

Puisque vous jugez que mon père a pris part à ce qu'il vous plaît d'appeler une trahison , je puis m'étonner que vous ayez souhaité de le revoir, car l'amitié doit paraître aussi coupable à vos yeux que l'amour.

SINCLAIR

J'entends , mademoiselle ; c'est un reproche que vous m'adressez : certes je ne m'attendais pas à en recevoir , quand j'ai si chèrement acquis le droit d'en faire.

MI9CELLANÉES. 321

J'ai tout perdu : l'amour trahit ma flamme , Et l'amitié me ravit le bonheur :

Doux sentiments, illusions de l'ame , J'ai tout perdu , tout , excepté l'honneur : Un seul espoir à ma douleur se mêle ; Je m'abandonne au destin des combats , Et si la gloire aussi m'est infidèle , La mort, au moins , ne me trahira pas.

LOUISE

Sinclair ! Sinclair 1 Vous êtes bien aveuglé.

SINCLAIR

Je suis aveuglé , ô ciel 1 Quand malgré moi je me rends à l'évidence !

LOUISE

Ah ! si vous m'eussiez aimée comme je devais l'être , si le cœur de Louise vous eût été mieux connu , vous vous seriez défié de l'évidence même.

Ce qu'on aime il faut l'estimer ; La jalousie est une offense ; Vous ne sûtes jamais aimer :

L'amour vrai vit de confiance ; Oui , l'amant sait toujours donner Une excuse à ce qu'il adore , Longtemps avant de condamner , Il tâche de douter encore.

3U22 MISCKLLANÉES.

SINCLAIR

Cruelle ! vous semblez vous faire un jeu de mon désespoir. Un autre ne possède-t-il pas ce cœur et cette main qui m'avaient été promis ? Votre sort n'est-il pas irrévocablement lié au sien ? Ne l'avez-vous pas ici , devant moi, nommé votre époux?

LOUISE

Je conviens que les apparences sont quelquefois si fortes , qu'elles prennent le caractère de la réalité ; mais, tenez, cet époux , le voici , vous allez prononcer vousmême.

Page 1