XIV INTRODUCTION
l'action qui révèle la passion. » Son esthétique était d'accord avec celle de Stendhal.
Sa raillerie aussi. Elle se divertit, en cet hiver, à dauber sur les « ultras » alors au pouvoir ; mais, pour les atteindre plus impunément, elle usa d'une fiction. La saynète les Mécontents, inspirée pour la forme et pour le ton des proverbes de Théodore Leclercq, montra la sécheresse et l'avidité ambitieuse d'un groupe de nobles occupés en 1810 à organiser, au fond de la Vendée, une conspiration contre l'Empereur. Ces scènes souriantes mais faciles, qui parurent en mars 1830 dans la Revue de Paris, où Mérimée prenait de plus en plus ligure de collaborateur important, sont loin d'avoir le mordant ou le pittoresque du Théâtre de Clara Gazul ; elles semblent cependant, sur l'instant, avoir été fort appréciées des salons libéraux ; on en peut juger par le billet que Mérimée adressait alors à sa spirituelle amie Sophie Duvaucel, la bellefdle du grand savant Cuvier :
« Mardi.
« J'ai couru toute la matinée pour ravoir les Mécontents, et je l'ai été excessivement de ne pouvoir les ressaisir. Ils courent la prétentaine. La personne à qui je les avais prêtés les a prêtés à un de ses amis intimes, lequel cependant les lui rendra bientôt. Aussitôt que je les aurai, j'irai les déposer à vos pieds ^... »
Au reste, en ce début de 1830, les tumultes iïllcrnani n'étouffaient pas la réj)Utation du jeune écrivain : le \'ase étrusque parmi les salons [)arisions Pavait vraiment por-
1. Lrltres de Proaper Mérimée à Sophie Duvaucel, publiées par M. Maurice l'arluricr. Revue de Pans, 1'''^-15 septembre 1932.