INTRODUCTION XV
tée au comble. On était reconnaissant à Mérimée d'avoir consenti enfin à prendre ses contemporains pour l'objet de son observation aiguë : la méprise sentimentale — la « double méprise » déjà — qui cause le malheur d'Auguste Saint-Clair et de la « jolie comtesse Mathilde de Courcy », bouleversa les âmes sensibles ; la brutalité d'un dénouement imprévu faisait même ressortir les couleurs charmantes de la nouvelle entière, prises, eût-on dit, à quelque gravure de « keepsake ». Les femmes qui ne connaissaient pas Mérimée s'enquirent de lui avec un souriant intérêt ; celles qui, de diverses façons, lui voulaient du bien — on en rencontrait plus d'une quand on allait de la « cellule » de M°^^ Récamier, à l'Abbaye-aux-Bois, vers le salon de M°^^ Cuvier, au Jardin des Plantes, en passant, à Saint-Germain-des-Prés, par celui du baron Gérard — prétendaient le reconnaître dans le portrait qu'il avait tracé de son poétique héros :
« Auguste Saint-Clair n'était point aimé dans ce qu'on appelle le monde... il était distrait et indolent. — Il était né avec un cœur tendre et aimant, mais... il se fit une étude de cacher tous les dehors de ce qu'il regardait comme une faiblesse déshonorante^... »
L'image était-elle ressemblante? On en discutait autour de la lampe paisiblement familiale, chez l'illustre baron Cuvier. M°^® Cuvier ne lisait les œuvres de son jeune ami qu'avec un ravissement mêlé d'effroi, tandis que sa fille, M^^^ Sophie Duvaucel, esquissait des dessins d'après l'antique sur son album de croquis. Presque chaque semaine, Mérimée avait son couvert mis chez ces dames, à qui Beyle l'avait présenté : « Il m'a chargé