INTRODUCTION XIII
d'inutile, ni dans la forme, ni dans l'analyse ; le pittoresque subordonné au calcul de l'effet.
Les quatre premières de ces nouvelles, cependant, risquaient de paraître un peu dures et tendues ; Stendhal le faisait comprendre à Mérimée en lui écrivant vers ces jours-là : « Souvent, vous ne me semblez pas assez délicatement tendre, et il faut cela pour me toucher. » Est-ce pour obéir à ce discret conseil, ou, plus simplement, pour suivre la pente de son cœur, que Mérimée, dans les deux nouvelles suivantes — le Vase étrusque et la Partie de trictrac, qui parurent en janvier et en juin 1830 — augmenta la part de l'analyse et introduisit le sentiment de l'amour? En même temps que de sujets et de décors, il changea de personnages ; il peignit des mondains : dans le Vase étrusque, il mit en scène ses amis les dandys et luimême, au milieu du décor qui leur était familier, celui de la « Rotonde » et du « Café de Paris »... Les premières pages de cette « chronique parisienne » ont l'agrément d'une lithographie où revit le boulevard de 1829, avec ses élégances, ses potins, ses préoccupations de politique ou d'orientalisme. Mais dans ces dandys raffmés une passion redoutable comme celle de l'amour peut faire surgir l'énergie de l'être primitif que la civilisation avait seulement endormie. C'est à conter cette résurrection subite que s'emploie l'ironie amère de Mérimée. Il ne s'indigne jamais ; il constate et il raconte : il exclut l'enthousiasme et la colère ; il exclut aussi les longues explications, car il excelle à faire voir l'intérieur par l'extérieur, à suggérer par un geste tout le tumulte de l'âme. Il a dit lui-même de Beyle : « Dans chaque anecdote pouvant servir à porter la lumière en quelque coin du cœur, il retenait toujours ce qu'il appelait le trait, c'est-à-dire le mot ou