INTRODUCTION XVII
rédigés de sa jolie main, que son correspondant appelait plaisamment les « sésames autogriffes ».
Mérimée, sans y tâcher, scandalisait M. Cuvier et sa femme, celle-ci surtout qui prétendait à le convertir : ne leur apportait-il point le libre ton du boulevard, les plaisanteries un peu guindées de ses amis dandys, les expressions à la mode et cette ostentation de scepticisme moral que, jusqu'à la fin de ses jours, il appliqua comme un masque sur la générosité instinctive de son cœur? « Vous n'êtes qu'un monstre ! lui jetait M^^^ Cuvier. » Sophie renchérissait : « Un monstre d'imposteur, de trompeur et de fat... » Mais, d'un regard indulgent, la jeune artiste démentait ses reproches, et, tandis qu'il les écoutait, les yeux de Mérimée pétillaient comme deux étincelles noires au-dessus de la haute cravate à la Brummel où plongeait son menton... Car il adorait d'être traité de vaurien ; mais il se vengeait en contant à deux ou trois vauriens ses pareils, à Henri Beyle, à Sutton Sharpe, que « ces dames étaient devenues terriblement susceptibles », qu'on s'assommait d'ennui à leur table, et, entrant dans la malignité de Stendhal, il surnommait Sophie « Mademoiselle Mammouth ». Il n'en continuait pas moins à venir dessiner, d'après nature, auprès d'elle, les fleurs du Jardin des Plantes et les poissons du Muséum ; en bon monstre, il lui écrivait de charmants billets « autogriffes... ». Il tenait à son amitié et il lui en voulait un peu de n'avoir pas admiré le Vase étrusque sans réserve :
« Vous êtes bien difficile à contenter, lui écrivait-il le 3 mars 1830. — Quoi ! pas même cette fois ! Et moi qui avais eu la chose de faire cette histoire pour vous ;